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Alcidamie (1661)

 


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ALCIDAMIE
[1]

 

Livre I

Théocrite suivi du fidèle écuyer Muly, a abandonné une couronne pour partir à la recherche de « l’adorable original » d’un portrait qui l’a enflammé. Il aborde à l’Isle délicieuse, non loin de la Crète. Passe une figure de rêve, montée sur un cheval : c’est Alcidamie, la souveraine de l’île. Elle emmène l’étranger dans son luxueux palais (description) après avoir traversé la ville de Plaisance (description), pour qu’il y raconte à loisir son histoire. Théocrite, dont le vrai nom est Haly Joseph, Roi de Fez et neveu d’Almanzor, roi de Maroc, est né lors de la captivité de sa mère et de sa sœur Zélide, emmenées prisonnières au cours d’une guerre qui avait opposé le sage Haly et le violent et ambitieux Almanzor roi de Maroc. Pour éviter des complications, il avait été échangé contre le fils d’une servante. Mais tandis que le bruit court de cette naissance, un incendie dans le Palais de Maroc permet à la Reine et à sa fille de s’enfuir et de regagner Fez. Muly de son côté emmène le jeune prince sur un navire qu’une tempête fait échouer sur les côtes d’une île habitée par Oraste, un sage vieillard, et Amador, jeune homme d’origine princière que l’amour et la jalousie ont conduit dans cette retraite.

Muly et son jeune maître demeurent bloqués dans l’île pendant trois ans, au bout desquels le fidèle écuyer réussit à rejoindre Fez.

Il y apprend la mort d’Haly et la prochaine conclusion du mariage de Zélide avec son cousin le fils d’Almanzor ; Muly annonce à la Reine que son fils est vivant, nouvelle qui contrarie d’autant plus Zélide que son fiancé meurt brusquement. Ainsi lui échappent à la fois deux couronnes, car elle redoute, dans son ambition, que sa mère ne rappelle le jeune prince auprès d’elle. Elle est fortifiée dans ses craintes par Lindarache, une princesse de Maroc qui vit avec elle, et qui lui propose, car elle est aussi ambitieuse que Zélide, de faire poignarder le jeune homme par un serviteur dévoué, qu’on ferait ensuite disparaître. Refus outré de Zélide.

Mais Lindarache voyant son intérêt dans ce crime va trouver Rustan, qui aime la princesse, mais secrètement et sans espoir, en raison de l’infériorité de sa condition. Celui‑ci, après avoir étouffé « les scrupules d’une âme basse », est disposé à commettre « le bienheureux crime » qui lui permettra de « toucher le cœur de sa reine ». Tandis que l’affaire se conclut à l’insu de Zélide, la Reine, jusqu’ici faible devant sa fille, se ravise soudain et choisit précisément Rustan, l’homme de confiance de la famille, pour aller chercher le jeune prince. Zélide intervient alors et donne des ordres contraires, mais spécifiant qu’il faut laisser la vie sauve au jeune homme. Rustan concilie les ordres contradictoires en faisant d’abord enlever Théocrite et son jeune ami Amador par des gens à sa solde, après quoi il arrive dans l’île en grand appareil pour remplir la mission confiée par la Reine, et feint la désolation en apprenant l’enlèvement.

Théocrite a été pourtant sauvé, mais Muly, jouant par prudence le faux témoin, certifie qu’il a entendu le corps tomber à la mer. Zélide affecte d’être touchée et la Reine désespérée se retire du monde en remettant tout le gouvernement à sa fille (p. 68). Cependant Rustan réclame de Lindarache la récompense promise. Celle‑ci vient parler à mots couverts de Rustan à Zélide, qui croit Lindarache amoureuse du jeune homme : elle s’en scandalise. Lindarache cherche alors à gagner du temps en proposant à nouveau à Rustan d’assassiner Théocrite, sous peine d’être abandonné et disgracié ; Rustan se décide donc à faire perpétrer le crime, mais on l’avise qu’il a été exécuté. Aussi revient‑il à la charge auprès de Lindarache pour réclamer sa récompense. Celle‑ci n’obtient rien d’autre que la proposition de Zélide de les marier tous les deux, à condition toutefois que les exploits militaires de Rustan aient préalablement quelque peu compensé la disproportion des conditions. Lindarache qui tait le projet de mariage, présente ce commandement, au demeurant mal accueilli, comme un préalable à une éclatante faveur future, et même au titre de Roi. Comme elle tremble que ses intrigues ne soient découvertes et que Rustan ne parle, elle gagne un tueur qui doit le faire disparaître, (p. 83). Mais Rustan a le temps de remporter de grandes victoires, et alors qu’on le croit mort ne se trouve que grièvement blessé[2]. Il espère surprendre Zélide et arrive à Fez tout soudainement pour jouir de la joie de celle qu’il croit sa maîtresse. Lindarache l’en empêche en lui disant que Zélide lui retirait sa parole afin de le choisir plus tard comme époux, mais librement, et non aux termes d’un marché : « Si vous avez assez de respect pour la rendre à elle‑même, elle vous choisira avec plus de plaisir que si l’engagement de sa parole l’y forçait ». Rustan, comme l’espérait Lindarache, se révolte devant ce langage :

« La probité est de toutes conditions et je ne sais si Zélide ne se rendrait pas plus indigne de porter la couronne en manquant de parole comme la moindre de toutes les femmes que je ne le suis par la qualité dans laquelle le ciel m’a fait naître. Car il est vrai que je suis né sans couronne mais j’ai du moins toutes les choses nécessaires pour la porter et je crois qu’il est plus glorieux d’être un simple chevalier et d’avoir l’âme d’un grand Roi, que de porter le sceptre et d’être indigne de cet honneur. » (p. 112)

Lindarache l’engage à la rébellion, ce qui lui permettra ensuite de le dénoncer à Zélide comme traître (p. 113). Rustan est donc arrêté son retour au camp par un gentilhomme nommé Gomelle, tout récent favori de la princesse. Il devient même l’époux de Zélide et se trouve proclamé Roi à l’étonnement général.

Cependant Rustan très malade s’échappe de sa résidence forcée et, grâce à la complicité d’un de ses officiers, parvient à pénétrer jusqu’au cabinet de Zélide. Il lui dévoile toute la vérité en présence de Gomelle et de Lindarache. Celle‑ci le fait passer pour fou, Rustan tire son épée contre Gomelle « à qui il crie de se défendre » puis, emmené par les gardes, il menace, par des paroles enveloppées, de faire paraître Théocrite (p. 123).

 

Livre II

Rustan fait avertir la Reine du mariage de sa fille, qui refuse de le faire annuler malgré l’ordre de sa mère. Zélide apprend au même moment que son frère n’est pas mort, et, afin de conserver le pouvoir, dépêche d’une part des gardes dans l’île de Samos pour se saisir de lui et, de l’autre, se faire officiellement couronner. Théocrite déclare qu’il n’émet nulle prétention au trône de Fez. (« la véritable gloire consiste moins à porter la couronne qu’à la mériter ») (p. 160). Cependant Almanzor fond sur le royaume de Zélide et Théocrite se précipite dans les rangs des combattants pour servir sous l’étendard de sa sœur, avec Amador à ses côtés. La bataille s’engage (récit pp. 156‑169), il sauve la vie à Gomelle, pour lui éviter, il est vrai, une mort trop glorieuse, les armes à la main. Gomelle veut savoir le nom de son sauveur ; Amador lui répond que c’est un prince étranger, maintenant disparu. La Reine devine qu’il s’agit de son fils et adresse à Zélide une lettre pleine de sanglants reproches.

Interruption du récit par l’arrivée d’un bateau dont le capitaine veut voir d’urgence la Reine Alcidamie. Description des beautés féminines qui illustrent sa Cour. Parmi les hommes, deux types à retenir : Lisicrate, l’inconstant, et Osomar, champion de la fidélité. A titre de divertissement, la compagnie propose une dispute entre eux. Le cadre en sera un « Cabinet d’amour » en marbre, orné de statues logées chacune dans une chapelle garnie de tableaux. L’Amour est représenté sous des figures différentes : l’Amour d’inclination, l’Amour intéressé, l’Amour galant, l’Amour solitaire. Le prince Haly, questionné sur ses préférences, exalte le premier, tandis que Lisicrate lui objecte que ce type de sentiments serait

« aussi bien à l’usage des gens du monde les plus stupides qu’à celui d’un fort honnête homme car les yeux et le discernement n’y ont aucune part ».

Ce à quoi Haly rétorque :

« Pourvu que le cœur soit content et y trouve le lieu de son repos, il doit être indifférent de savoir ce qui le rend heureux. » (p. 181)

Arpalice, sœur d’Osomar, défend la sympathie, tandis que Lisicrate fait l’apologie de l’amour galant, et Osomar celui de l’amour solitaire. La belle Philimène blâme l’amour à la mode et rêve de galanterie sans éclat, de solitude sans chagrin, et d’inclination sans aveuglement. (p. 183)

On visite ensuite le « Cabinet des tristes aventures », construit en marbre noir, où, à côté de Cléopâtre mordue par les aspics, figurent plusieurs tombeaux de femmes malheureuses. Parmi elles, Célie, que sa vertu a conduite à la mort.

 

Histoire de Célie : (p. 188).

Philimène et Célie, orphelines de grande naissance et de grande beauté, vivent à la Cour de la Princesse de Chypre, Climène, « une des plus belles personnes du monde et la plus spirituelle et la plus aimable de toutes les Princesses ». Célie devient sa favorite. Arrive Célimédon, fils de l’archonte d’Athènes, aussi accompli que ses hôtes, mais il sombre assez vite dans la rêverie et la mélancolie. Célie se sent changer aussi dans le même sens, et à cette « sympathie » elle reconnaît, avec terreur, la présence de l’amour. Philimène tire de Célimédon un aveu encore voilé qui fait bondir le cœur de Célie. Mais cette dernière croit s’apercevoir que c’est la Princesse qui est l’objet des vœux du jeune homme ; elle est au désespoir, et s’écrie :

« comme si ce n’était pas assez pour assouvir la cruauté de mon destin d’aimer un homme qui ne m’aime pas, il faut encore que j’aie une rivale que je suis forcée d’aimer. » (p. 203).

Célie décide alors de surmonter une passion « qui blesse en quelque sorte sa gloire » et, « par une décision généreuse et extraordinaire », « de servir Célimédon auprès de Climène ». (p. 205). Pour se guérir tout à fait de sa passion, elle l’avoue à Célimédon et se met en devoir de disposer le cœur de Climène à recevoir les hommages qu’on lui adresse. Cependant la princesse ne lui témoigne que des sentiments amicaux ; Célie « fait des efforts incroyables pour lui en faire naître de plus particuliers ». Elle finit par réussir, mais toute la tendresse qu’elle avait eue pour son amant se réveille, mêlée de jalousie et de douleur. Elle meurt auprès de Célimédon navré, qui disparaît ensuite, tandis que Climène s’enfonce dans le deuil. (p. 212‑218).

 

Livre III

Lisicrate raconte l’histoire de Cynthie et d’Iphile avec cette transition : « De même que l’Amour fait trouver de la satisfaction dans la souffrance (c’était le cas de Célie), il fait aussi rencontrer des amertumes dans les plus grands sujets de joie ».

 

Histoire de Cynthie et d’Iphile.

Le jeune Iphile a le cœur tendre et les inclinations douces, mais il est né avec « une certaine délicatesse dans l’âme qui faisait qu’il n’était jamais content ni de sa maîtresse ni de lui‑même ». Visitant avec Lisicrate l’île de Milo, lors d’une fête religieuse, il est « surpris d’admiration » pour une jeune fille « qui fait son offrande de si bonne grâce quelle attire tous les regards ». Il cherche alors à la retrouver ; il la reconnaît, sur la route, dans une jeune blessée qu’il secourt : il la raccompagne chez elle, et les charmes de son esprit achèvent ce qu’avait commencé sa beauté. Iphile aime avec une violence démesurée, mais ne peut jamais trouver Cynthie seule, car elle ne cesse de recevoir ; aussi devient‑il « chagrin et contredisant » (p. 236). Cependant, à la suite de circonstances exceptionnelles où il défend Cynthie contre deux ravisseurs puis un rival furieux, il se trouve blessé et Cynthie le soigne. Il peut enfin avouer son amour. Cynthie n’entre point en courroux :

« J’ai toujours ouï dire qu’on témoigne de la colère quand un homme fait une déclaration d’amour et qu’on lui défend de nous voir jamais ; comme je ne sais point dire ce que je ne pense pas, et que je ne suis point irrité contre vous, je ne veux point feindre de l’être. »

Cependant qu’Iphile ne se fasse pas d’illusion, Cynthie est « incapable d’avoir jamais d’amour pour personne. » (p. 246) Elle lui promet pourtant de l’avertir « sincèrement » si elle devient sensible à son endroit. Mais « l’amour engendre si facilement son semblable qu’insensiblement cette grande indifférence de Cynthie commença de cesser », et le premier signe de ce changement fut qu’elle ressentit « une cruelle appréhension qu’Iphile ne remarquât qu’elle veillait sans cesse sur ses actions pour les lui cacher », non seulement parce que l’amour aime le « secret et le mystère » mais parce qu’elle « avait honte » de son changement. Elle se confie à des tablettes qu’Iphile découvre, et la joie de ce dernier éclate en public. Cynthie en éprouve « un dépit inconcevable » renforcé par l’idée qu’Iphile fait des réflexions avantageuses sur la faiblesse de celle qui lui fut cruelle. La colère l’emporte d’abord, mais le désespoir d’Iphile est tel que Cynthie s’apaise, et finit par lui donner quelques espérances.

Iphile jouit quelque temps d’un si grand plaisir que Lisicrate lui‑même, le galant de profession, en est troublé, et se demande si ces jouissances‑là ne surpassent pas celles de l’inconstance. Mais bientôt s’installent le chagrin et la mélancolie. Iphile voudrait causer toute la joie de sa maîtresse et en vient à porter envie aux fleurs, aux arbres et aux fontaines, mais il voudrait surtout enlever leur bonheur à ceux qui goûtent le plaisir de la voir.

« Je serais beaucoup moins à plaindre que je ne le suis si tous les amis de ma maîtresse étaient ses amants, car ils partageraient la peine que je souffre et peut‑être même que j’aurais le plaisir de les voir quelquefois maltraités ». (p. 268)

Iphile devient insupportable, aussi Cynthie décide‑t‑elle de s’installer à la campagne pour six mois afin de réduire l’afflux des visiteurs. Iphile exulte : « Elle sera tout entière occupée à m’entendre. » (p. 273) Mais le caprice de l’amour fait dévier les choses ; Iphile se lasse vite : « La vue de Cynthie ne lui semble plus précieuse dès qu’il ne trouve plus d’obstacles à la voir ». Il revient promptement à Milo pour se divertir, encourant les reproches de tous ses amis, pour sa légèreté envers une femme qui a fait pour lui tant de sacrifices. Mais Iphile rassure tout le monde, et lui‑même : « Je sais trop le pouvoir que j’ai sur son esprit pour douter qu’il ne me soit facile de l’apaiser ». Aussi bien continue‑t‑il à lui écrire comme si de rien n’était, convaincu que la tiédeur qui l’a gagné, n’ayant pas de cause légitime, ne saurait durer. (p. 278). Une amie de Cynthie lui conseille alors d’écrire à Iphile qu’elle ne l’aime plus afin de l’éprouver, car seul le parfait amour sait résister à l’apparence de l’infidélité. Cynthie hésite devant le procédé, imaginant le déplaisir quelle va donner à un amant qui lui est si cher. Réponse : « Il goûtera bien mieux le plaisir de vous trouver fidèle après en avoir douté ». Cynthie s’exécute donc (p. 285).

Iphile est un peu froissé, mais il fait ainsi l’économie d’une rupture et des remords. Le judicieux Lisicrate, quant à lui, devine la vérité, et conseille à Iphile d’adresser à Cynthie une lettre si touchante qu’elle avouera sa feinte : de toute façon ne doit‑il pas avoir égard au passé, et « tenter de la ramener » ? Mais Iphile est trop content d’être « honnêtement dégagé ». Il ne répond pas à la lettre reçue. La pauvre Cynthie, aveuglée par une « tendresse inconcevable », interprète ce silence comme un signe favorable. Elle attend la venue d’Iphile qu’elle croit en route pour une réconciliation. Comme il ne vient pas, elle s’imagine qu’il est retenu par la crainte de lui déplaire, aussi lui écrit‑elle une « lettre fort obligeante ». La réponse d’Iphile, courtoise mais sèche, persuade Cynthie de l’inconstance de son amant. Cependant, comme elle se croit responsable de cette situation pour avoir commis la première faute, elle envoie des lettres touchantes, mais qui sont incapables « d’obliger seulement Iphile à l’aller voir ». Cynthie, toute malade de chagrin, écrit encore une lettre « tendre et obligeante », qui n’attire qu’une réponse orale et froide, transmise par un tiers : « A quoi bon tromper Cynthie en lui témoignant de la passion, puisque je n’en ai ni n’en veux plus avoir. » (p. 291) Cynthie éprouve un choc violent, mais se rétablit « par jeunesse et force d’esprit ». Puis elle se « renferme » dans une maison de vierges voilées. Enfin, faisant croire à tous qu’elle a retrouvé la paix du cœur, elle décide de se donner la mort après une lettre fière et magnifique (p. 297). Iphile s’attendrit enfin, gêné d’être responsable d’un crime et de voir toute sa félicité perdue par sa seule faute. Il se rend auprès de Cynthie et, dès qu’il l’aperçoit derrière les grilles vêtue d’une longue robe blanche garnie de soie noire, un voile de gaze blanche fort claire sur le visage, (longue description pp. 301 à 302) elle lui donne tant de tendresse et d’amour « qu’il en demeure éperdu de repentance et fait tous les serments imaginables ». Mais Cynthie d’un ton doux et envoûtant lui répond : « Je ne veux point d’un cœur qui m’a pu échapper une fois ». Iphile décide de mourir et disparaît, tandis que Cynthie mène une vie pitoyable. Lisicrate tire de cette histoire des arguments propres à renforcer ses convictions :

« Pendant ce temps je fis trois ou quatre maîtresses fort agréables, et je goûtais la félicité de la vie pendant qu’Iphile se creusait le tombeau où il s’est lui‑même enseveli ». (p. 306)

Mais Alcidamie revient accompagnée de deux belles étrangères qu’on vient d’arracher aux pirates : Almanzaïde, reine des Canaries, et Zélinde, sa sœur unique. Fêtes au bord de la mer en leur honneur (pp. 316‑322). Lisicrate continue l’apologie de l’inconstance en analysant longuement les plaisirs raffinés qu’il éprouve (pp. 323‑324), puis on aborde les rapports de l’amour et de l’amitié : comment sauvegarder la seconde si, lors d’une liaison, le premier vient à disparaître ?

Chacun émet son avis, et l’on s’entend finalement sur des Règles de service (p. 327). Lisicrate trouve que la règle la plus difficile est celle des Billets quotidiens que l’amant doit écrire à sa maîtresse ; il préfère les lettres touchantes et passionnées, (Panégyrique de la Poésie mondaine pp. 345‑350). Osomar et Lisicrate prétendant tous deux au cœur de Climène ; chacun des deux est invité à défendre sa passion en quatre vers, dont Alcidamie donnera le prix. Almanzaïde est ensuite priée de raconter son histoire (p. 352).

 

Livre IV

Histoire d’Almanzaïde et d’Artambert.

Reine dès le berceau et mariée à douze ans par son père qui meurt peu après, Almanzaïde est Reine des Canaries. Son mari l’aime et la divertit par des tournois où s’illustre Artambert, prince de Thulé. Celui‑ci, vainqueur de toutes les courses, profite du règlement qui obligeait le vainqueur à servir un mois auprès d’une belle et à raconter son histoire, pour adresser à la Reine une déclaration, à laquelle il donne, par discrétion, un tour général et conventionnel, mais qu’il emplit de passion. Le roi meurt. La Reine est d’autant plus affligée qu’elle n’a pas d’enfant. La bienséance et surtout sa « gloire » l’obligent à prier Artambert de quitter sa Cour. Leur dernier entretien révèle la violence qu’ils se font. Mais après le départ du prince, la Reine ne peut guérir son désespoir. Elle s’en va à l’île de Fer où, comme elle se désaltère à l’arbre des voyageurs, elle trouve des vers désespérés gravés sur un bassin de marbre. Ils augmentent encore sa passion car elle devine que c’est Artambert qui en est l’auteur. Elle confie à sa suivante Philistie qui la persuade « de se laisser conduire à sa destinée » que, malgré « le plaisir qu’elle goûte » « à recevoir ce conseil » elle va prendre la décision de faire bannir Artambert de toutes les îles (p. 391). Mais celui‑ci était caché et a tout entendu. Il se jette aux pieds de la Reine pour demander sa grâce, d’autant que son père l’a exilé. Almanzaïde le garde donc à sa Cour en qualité de prince réfugié. Elle sent son cœur céder à la passion. Mais les lois des Amazones dont descend Almanzaïde interdisent à une Reine de se marier deux fois.

Elle « hasarde » donc sa couronne et épouse secrètement Artambert.

Deux ans de félicité se passent. Puis Artambert « devient rêveur et mélancolique ». La Reine s’en étonne après les « faveurs » qu’elle lui a accordées. « Ce sont ces mêmes faveurs qui causent ma tristesse, répondit‑il,

car je suis honteux de recevoir tous les jours de nouveaux effets de votre bonté sans pouvoir jamais m’en rendre digne par aucune de mes actions ». (p. 397).

Il ne peut plus supporter d’être « l’esclave » d’un peuple dont il a épousé la Reine. Celle‑ci s’étonne, car elle l’a toujours cru plus sensible à l’amour qu’à l’ambition. Aussi bien ajoute‑t‑elle, vous avez dit vous préparer à toutes ces choses en m’épousant ; je ne vous ai point trompé sur cette matière. Certes, répond Artambert,

« mais j’avais cru que la possession de ce qu’on aime rendait un homme si heureux que rien ne pouvait manquer à sa félicité, mais j’ai reconnu par la suite que quand on est amant et prince tout ensemble il ne suffit pas d’être le mari de sa maîtresse pour en être entièrement satisfait…

Je veux une couronne à quelque prix que ce soit, et s’il n’y a point d’apparence d’acquérir la vôtre, j’en veux gagner quelque autre ailleurs ».

La Reine reste interdite. Elle ne reconnaît plus Artambert.

« La seule qualité de mon amant et de mon époux fait cette différence ». (p. 401).

Le prince s’embarque en secret sur un vaisseau en donnant par écrit un mois de délai à Almanzaïde pour se défaire de la couronne en sa faveur (p. 405). La malheureuse tombe dans une langueur si dangereuse qu’elle en devient méconnaissable, puis elle s’aperçoit qu’elle est grosse. Elle décide de cacher sont état et d’aller accoucher secrètement dans une de ses îles. Mais arrive un jeune prince, Amador, qui lui conte le mariage d’Artambert avec la fille de sa marâtre, reine de Thulé. Almanzaïde décide alors de convoquer le conseil, de tout avouer, et de proposer sa jeune sœur Zélinde comme Reine, tandis qu’elle choisit pour elle une mort ignominieuse : elle croit en effet par ce moyen « attirer la foudre du ciel sur son infidèle époux ». Zélinde refuse, harangue les Canariens qui, émus et séduits, recouronnent Almanzaïde (p. 418). Cependant, la Reine envoie son premier ministre Philide à Thulé pour y chercher des informations. Il apprend qu’une maladie langoureuse de la fiancée retarde le mariage. Philide arrive à entrer en contact avec Artambert qui ose parler des « perfidies » de la Reine, de ses « folles amours » pour finir en disant « que les personnes de sa naissance ne se peuvent marier secrètement ». La Reine blessée en plein cœur de se voir traitée de « concubine » passe des jours à délirer. Une fois remise elle s’embarque elle‑même pour Thulé, accompagnée d’Amador, animée par sa rage. Elle apprend d’un « jeune sacrificateur » que la Princesse éprouve une répugnance extrême à s’unir à un homme qui a si indignement traité la Reine des Canaries. Cette nouvelle la remplit de joie, car dit‑elle, « c’était une satisfaction pour moi de voir que mon perfide était haï de ma rivale, et que quand il serait possesseur de son corps, il ne le serait jamais de son âme, ce qui me paraissait un fort grand malheur pour lui ». (p. 432) Enfin, la jeune fille se poignarde sur l’autel, car elle n’osait jusqu’ici résister aux ordres de son impérieuse mère. Celle‑ci se jette sur Artambert qu’elle considère comme responsable. C’est Almanzaïde qui le sauve « puisqu’il est mon époux, dit‑elle à la Reine de Thulé, et un époux mille fois plus cher que ma vie, quelque mauvais traitement que j’en ai reçu ». Cependant Artambert disparaît, Almanzaïde rentre dans son Royaume avec Amador, mais ils sont assaillis par les pirates qui tuent Amador tandis qu’il défendait sa Reine. Elle est faite prisonnière, mais les vaisseaux d’Alcidamie la délivrent.



[1] Éd. Barbin t. IV.

(Les références sont données dans l’Ed. Barbin (1702) reproduite par la Compagnie des libraires l720‑2l).

[2] Ici s’intercale une description de la ville de Fez et du Palais où Zélide va se reposer. De son côté Oraste demande un vaisseau pour courir le monde.


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mise à jour le 26 mars 2014


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