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Alletz (Pons-Augustin)

 


Pons-Augustin Alletz, L'Esprit des femmes célèbres du siècle de Louis XIV, et de celui de Louis XV, jusqu'à présent, Paris, Pissot, 1768, t. I., p. 78-131 :


Marie-Catherine des Jardins, était d'Alençon en Normandie, où son père était prévôt. Après qu'elle l'eût perdu, elle résolut de suppléer par son esprit et par ses talents au peu de bien qu'il lui avait laissé : elle vint donc à Paris à l'âge de vingt ans, dans le dessein de s'y faire connaître et de changer de fortune. Elle ne se trompa point, car quoiqu'elle ne fût pas belle, on s'empressa de la connaître à cause de l'agrément de son esprit, et de ce caractère libre et hardi, qui plaît à bien des hommes qui ne se piquent pas de délicatesse. Monsieur de Villedieu fut peut-être de ce nombre. C'était un gentilhomme assez bien fait et honnêtement à son aise. Séduit par l'esprit de Mademoiselle des Jardins il l'épousa ; mais étant mort quelque temps après, elle se remaria à M. de Châte, qu'elle enterra aussi. Dégoûtée du mariage, elle passa le reste de ses jours dans la galanterie, et mourut en 1683. Tous ses ouvrages ont été recueillis en dix vol. in-12. Les plus estimés sont les Désordres de l'amour : le Portrait des faiblesses humaines : les Exilés : les Amours des grands hommes : les Annales galantes : le Journal amoureux, etc.
On voit par cette énumération que les matières de la galanterie furent toute son occupation ; en sorte, que si l'amour était une divinité, comme l'imaginaient les païens, on pourrait dire qu'elle avait consacré son esprit et sa plume à ce Dieu et qu'elle s'était faite un plan de célébrer son pouvoir sur le cœur humain. Non contente de forger des aventures galantes à la manière des romanciers, et d'imaginer des princes de quelque pays lointain, profondément blessée par les traits de l'amour, et se faisant gloire de porter les chaînes de quelque beauté extraordianire, elle a voulu que tous les hommes d'un nom célèbre aient été livrés aux faiblesses de cette passion : elle a donc cherché de nouveaux sujets dans l'histoire, tant ancienne que moderne. De cette manière elle a travesti plusieurs grands hommes de l'antiquité en héros de roman : elle les a dépouillés du caractère que leur donne l'histoire. Chez elle Caton n'est plus le censeur des mœurs corrompues, ni Socrate le modèle parfait et le prédicateur de la sagesse : ce sont des petits maîtres français qui débitent des propos galants, et qui filent la belle tendresse. En un mot, c'était la manie d'employer tous ses talents à parler le langage des passions.
Ce n'est pas encore là le plus grand mal, et ce défaut lui est commun avec quelques autres femmes célèbres par leur esprit ; mais ce qu'il y a d'inexcusable, c'est que les bonnes mœurs souffrent de la licence de certaines images qu'elle a présentées à ses lecteurs, ce qui ne fait pas un préjugé favorable pour les siennes. Il eût été à souhaiter qu'elle eût respecté davantage cette décence qui convient si bien à toutes celles de son sexe, et qu'elle eût jeté un voile plus épais sur certaines aventures qu'elle prête à ses héros, mais la gaze est si légère que les expressions, quoique pures, n'en révoltent pas moins l'honnêteté, et à un tel point qu'une femme vertueuse n'en pourrait soutenir la lecture. D'où nous avons droit d'inférer que la plupart des romans de Madame de Villedieu sont dangereux à la jeunesse. Au reste, il faut rendre justice à son style pur, châtié, noble, élégant même en bien des endroits : mais c'est par là même que ses ouvrages doivent être soustraits aux yeux de toutes les personnes susceptibles de tendres passions ; car plus le poison est caché sous des dehors gracieux et honnêtes, plus il se glisse subtilement dans le cœur.
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mise à jour le 5 janvier 2014


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