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Annales galantes de Grèce (1687)

 



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LES ANNALES GALANTES DE GRECE [1]

 

PREMIERE PARTIE

 

Phronine, fille d’Etéarque, Roi de Crète, est en butte à la jalousie démoniaque de sa belle‑mère Aristie, seconde femme du Roi ; mais elle a l’art de déguiser « sa haine secrète » « sous les apparences d’une bonté qui trompe tout le monde ». Décidée à se débarrasser de la Princesse qui fait un dangereux contrepoids à son influence, la Reine, sous couleur d’offrir à sa belle‑fille une garniture de pierreries, introduit dans sa chambre, à une heure avancée, un prétendu marchand de bijoux qui n’est autre que le séduisant Mégabise, prince des Myniens, échappé à la cruauté du Roi de Sparte ; compromise, la Princesse sera sévèrement punie par son Père. Cette machination, à laquelle le premier ministre Aristandre prête la main, réussit pleinement : une perquisition, ordonnée au bon moment, permet de surprendre les jeunes gens ensemble, et malgré l’innocence de leurs relations, de les faire condamner à mort.

Aristie, qui se flatte d’une réputation de belle‑mère généreuse, pousse la feinte jusqu’à prendre soin de la réputation de Phronine et conseille au Roi de renoncer au supplice public : il sera plus adroit d’embarquer les jeunes gens sur un vaisseau et d’obliger Mégabise, par serment, à obéir inconditionnellement au Roi offensé ; on lui révèlera ensuite qu’il doit jeter à l’eau la princesse déchue. Au moment fatidique, le Prince révolté se tourne vers l’équipage et le persuade de sauver Phronine : pour respecter la lettre du serment, on l’immergera quelques instants et chacun pourra témoigner qu’il a vu la jeune fille dans les flots. Puis on décide de faire voile jusqu’à l’Ile de Caliste, gouvernée par le prince Théras : cet ennemi de Lacédémone accueillera volontiers un homme qui a souffert de la cruauté du monarque Spartiate.

Durant la traversée, Phronine et Mégabise parlent cœur à cœur, rappellent les débuts de leur amour et la jeune princesse pousse la confiance jusqu’à témoigner un peu de jalousie : son amant n’a‑t‑il pas été sauvé de la mort par la fille même de Praxoras, le Roi de Sparte, et cette Praxorine, qui a eu le courage de prendre la place et les vêtements de Mégabise dans sa prison doit s’être acquise, par ce geste héroïque, une reconnaissance qui exclut tout autre engagement ? Non, répond Mégabise, Praxorine n’a agi que par compassion et équité, sans rien demander d’autre que la promesse de ne pas prendre les armes contre sa patrie.

L’embarcation arrive au port franc de Caliste, où elle est reçue sans formalité. Théras, vite informé de l’identité de ses hôtes, leur témoigne la bienveillance escomptée ; une amitié profonde le lie bientôt à Mégabise qui s’enhardit à lui demander comment il peut raisonnablement se faire le défenseur des étranges lois qui régissent la contrée : on y admet en effet que les femmes puissent être enlevées à leur possesseur légitime. Le « tyran » de l’île représente que les femmes doivent être consentantes d’une part, et que, de l’autre, l’émulation à plaire qui résulte des dispositions légales ne fait que les rendre plus agréables en mettant leurs faveurs à plus haut prix ; ainsi les mœurs sont‑elles plus pures qu’ailleurs. Aussi bien quoi de plus fade que les plaisirs tranquilles ? Le propre exemple de Théras illustre bien à quel point

« un bien qu’on est forcé de dérober est préférable aux présents insipides qu’on reçoit de la faiblesse d’une femme ou des ordres de son devoir ». (p. 408)

Théras est d’origine phénicienne ; dès l’enfance, il est destiné à Iphise qui l’aime et se soumet platement à tous ses désirs. Une telle attitude l’agace et il éprouve une si grande répugnance à conclure un mariage dans ces conditions qu’il s’embarque pour Sparte où sa tante est Reine ; elle lui confie aussitôt la tutelle des jeunes Princes ses fils et il devient un personnage puissant. Lors de festivités en l’honneur de Diane, il remarque une jeune veuve, Olympie, qui remporte le prix de haute école. Outre ses qualités sportives, la dame professe des maximes identiques à celles de Théras : elle refuse les hommages galants et se montre tout sourire pour ceux qui la rabrouent. Pour la conquérir, il faut donc « la servir à sa mode » et accumuler les incivilités ; le succès couronne les efforts du prétendant qui obtient, par cette méthode originale, non seulement la bienveillance d’Olympie, mais l’exacte qualité de relations qu’il désirait

« Que ce temps de ma vie était heureux ! En disant tous les jours à Olympie que je l’aimais point, je lui parlais incessamment d’amour : elle savait si bien donner le caractère de rareté à ses moindres faveurs que j’étais heureux sans être content ». (p. 423)

Pourquoi tarder davantage ? Théras se décharge de la conduite de l’Etat, pour donner le reste de sa vie à l’amour. Surprise ! Une nouvelle Olympie se découvre à lui : une jeune ambitieuse qui ne reconnaît plus en ce citoyen ordinaire l’homme puissant naguère aimé. Plus question de ferveur amoureuse : les moments d’intimité sont occupés à

« des comptes et des mémoires qu’on ne fait que devant ses esclaves ».

Quoique déçu, Théras, qui aime la difficulté, ne se laisse pas rebuter. Si Olympie aime un souverain, il en redeviendra un : il s’est donc installé en maître dans l’île de Caliste, mais hésite à se contenter d’un amour dévalué.

Théras achève son récit tout en fixant l’horizon : il voit s’y découper un vaisseau étranger ; bientôt abordent Aristandre et Praxorine. Phronine est saisie d’une double frayeur. Qu’elle se rassure ! Tous deux ne sont venus que pour lui rendre honneur et la prier de rentrer en Crète en souveraine. La Reine est morte, et son Père qui sait sa fille en vie, n’a d’autre désir que de la revoir. Aristandre a l’art de se disculper aux yeux de tous, et escompte un pardon proportionné à son repentir ; quant à Praxorine, elle explique comment elle vint un jour chez Etéarque dans des intentions criminelles, puis dévorée de remords, s’est acquis l’estime et la tendresse du Roi pour son honnêteté et ses nobles sentiments : le trône même lui est offert En effet, Praxorine, après avoir sauvé la vie des ennemis de son père, a dû s’exiler en Arcadie, où règne une de ses parentes. Elle y a rencontré la Reine Aristie, qui officiellement soigne « une maladie languissante », mais y cache en fait une disgrâce due au remords du Roi. Cherchant à rentrer à la Cour, elle s’était servie de Proxorine pour aller révéler à son époux la vie scandaleuse que menait Phronine sa fille, vivante, mais déshonorée, faisant espérer à sa docile exécutante que c’était là le seul moyen de satisfaire un sentiment qu’elle déguisait à tort sous le nom de générosité : seul l’amour avait pu lui inspirer de sauver la vie de Mégabise ! Troublée, Praxorine s’était laissée convaincre, autorisée à la facilité par la révélation de la vraie cause de son comportement ; mais elle s’était ressaisie, et avait avoué au Roi toute la vérité. (pp. 377‑446)


DEUXIEME PARTIE

 

Un certain Polymneste, Spartiate de naissance et associé au gouvernement de Théras, ne perd pas une miette de ces récits. Amoureux de Phronine depuis l’arrivée de la Princesse à l’île de Caliste, il tente, malgré la conjoncture politique, de faire rompre un mariage qui le désespère. Il essaie d’abord de trouver un allié en Aristandre, en s’étonnant de la confiance avec laquelle il se dévoue à ses anciens ennemis. Il s’attire cette réponse :

« Je tiens pour maxime qu’il faut toujours feindre de vouloir ce qu’on ne peut empêcher de faire ». (p. 458)

Il s’adresse ensuite à Thrasybule, amant malheureux de la même Phronine, mais celui‑là non plus ne veut rien tenter :

« Il s’était depuis longtemps accoutumé à aimer sans espoir et la peur de déplaire à Praxorine était en lui plus puissante que toutes les autres considérations ». (p. 463)

Les démarches de Polymneste n’échappent pas à la pénétration de Théras, qui entreprend d’y couper court « en réconciliant parfaitement Mégabise et Lacédémone ». Praxorine donne volontiers son accord pour ces négociations, car elles retardent le moment où son mariage la livrera à un vieillard qu’elle n’aime pas, tandis qu’elle sera le témoin du bonheur de son amant. Pour renouer avec Sparte, elle envoie Thrasybule et se débarrasse par la même occasion de son jeune frère Isicrate, jeune folâtre qui défraie la chronique galante par le récit de ses aventures. La plus marquante concerne une jeune femme d’Arcadie, fort experte en l’art d’aimer et « délicate », nommée Léonide, mais cet Hylas en herbe a tôt fait de lui montrer, grâce à son expérience déjà riche, que ses principes sont démodés ! Amusant cercle de femmes (pp. 470‑485)

Durant ce temps, Polymneste ronge son frein. Il s’en va promener sa rêverie dans un bois qui borde la côte ; son attention est attirée par les échos d’une rixe, et il lui faut séparer deux combattants qu’il connaît bien : l’un est Agète, gentilhomme spartiate, un « compagnon d’études et d’exercices », l’autre Tersandre, le propre neveu de Théras. Ils se querellent au sujet de Déodamie, que chacun des deux considère connue sa femme légitime. En effet, cette jeune personne, née laide, avait cependant été recherchée par Agète pour ses qualités de cœur. Lorsqu’un miracle, dû à des prières au temple d’Hélène, eut fait d’elle une beauté convoitée, elle reste fidèle à ses premiers engagements, malgré son père qui maintenant vise plus haut. Un enlèvement s’impose pour sauver cet amour, mais Agète ne peut s’en charger personnellement : il confie sa maîtresse à Tersandre, et tous trois doivent se retrouver à Corinthe. Mais Déodamie et son compagnon essuient une tempête qui les dresse sur la côte d’une colonie de Tauriens : on y perpétue, en l’honneur d’Iphigénie, un rite barbare : sacrifier toutes les vierges étrangères qui abordent en cette île. Tersandre ne voit d’autre remède à ce mal que d’épouser Déodamie séance tenante. Sur ces entrefaites, Agète, qui s’était embarqué sur un vaisseau marchand, relâche, pour avarie, dans la même île, et arrive au moment où l’on allait procéder au sacrifice, vice suspendu par la réclamation de Tersandre. Agète le remercie et s’attend à ce qu’il lui remette sa fiancée, mais le traître ne veut rien savoir, et cache Déodamie en invoquant tous les droits de l’époux !

Très embarrassé pour trancher, Polymneste amène les deux combattants à la Princesse de Crète qui préside à une fête champêtre en l’honneur d’Hercule. On remarque parmi les danseurs un jeune couple qui manifeste sa mésentente jusque dans les figures imposées. C’est Hébé, la plus jolie paysanne, à qui son amant Adraste tourne le dos : il vient d’être séduit par les charmes d’une jeune fille de qualité qui préfère les cabanes aux palais. On la fait venir et l’on reconnaît Déodamie dont on était sans nouvelles. Phronine la fait monter à bord de sa galiote et la fugitive apprend à la compagnie qu’ayant d’abord été déposée en Arcadie par Tersandre, elle y avait attiré les hommages du ministre Aristandre ; après la mort de la Reine de Crète, il l’avait transportée dans cette île, mais son épouse avait pris ombrage de cette passion ; cependant, en « femme prude » qui fuit « les éclats », elle s’était contentée de faire enlever sa rivale par des inconnus qui l’avaient conduite en ces lieux. Instruite des effets de sa beauté « fatale », Déodamie ne voulait plus quitter la vie rustique.

[La galiote aborde dans le port de Théras, et le roman, comme les Exilés finit par une pirouette.]



[1] Edition Claude Barbin, t. VII, pp. 377‑513. L’œuvre comporte 1 Lettre.




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mise à jour le 28 octobre 2014


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