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Barbin (François ?)/Fontenelle

 


Recueil des plus belles pièces des Poètes français
, dit Recueil Barbin, Paris Cl. Barbin, 1692, t. IV, p. 231-233 :
 

Madame de Villedieu

 

Marie-Catherine Des Jardins, fille du Prévôt d'Alençon, mais fort mal partagée des biens de la fortune, naquit dans la même ville dont son père était Prévôt. L'esprit qu'elle avait reçu de la nature lui fit envisager le séjour de Paris comme le lieu le plus propre pour l'y faire paraître. Elle y vint, et l'estime que le public a fait de ses ouvrages fit voir qu'elle ne s'était pas trompée dans son attente. On voit toujours dans ses écrits de nouveaux tours, de nouvelles expressions, des sentiments d'amour si raffinés et si délicats qu'on pourrait seulement lui reprocher que l'esprit y a eu plus de part que le cœur. Un bel esprit de ce siècle, charmé de sa belle manière d'écrire, fit ces vers à sa louange :

Plus je relis ce que vous faites,
Plus je connais ce que vous êtes.
Il ne faut que vous mettre en train.
Tout le monde, Iris, vous admire.
Si les Dieux se mêlaient d'écrire
Ils emprunteraient votre main.
Vous faites des choses si belles,
Si justes et si naturelles
Que votre style est sans égal.
Sans cesse je vous étudie :
Qui peut être votre copie
Passe pour un original. [1]

Le destin des femmes d'esprit de donner dans la galanterie y entraîna aussi Mademoiselle Des Jardins, qui n'en démentit point le caractère durant toute la conduite de sa vie. Elle épousa en première noce M. de Villedieu, qui mourut quelque temps après, et Madame de Villedieu, libre par la mort de son époux, voulut prendre un état qui la pût maintenir dans la vertu qu'elle avait dessein d'embrasser. Elle entra en religion ; mais il ne lui manqua que la persévérance pour y rester, et la même inconstance qui l'y avait fait entrer servit à l'en faire sortir pour épouser en seconde noce M. de Chatte. Elle passa le reste de sa vie dans le même état qu'elle l'avait commencée, et mourut enfin avec le regret de tous les gens d'esprit qui l'avait connue. Madame de Villedieu ne possédait pas tous les avantages de son sexe, mais en récompense, elle possédait tous ceux du nôtre : elle était grande, bien faite, avait bonne mine, mais elle n'était pas belle. Elle avait l'esprit fort agréable et la conversation charmante ; elle aimait la raillerie et la recevait parfaitement bien. Elle avait telle inclination pour la Poésie que, malgré la défense de ses Supérieures dans le convent où elle était, elle ne pouvait s'empêcher de faire des vers.

Remarque : cette notice est indûment attribuée à Claude Barbin. Alain Niderst rappelle en effet que l'anthologie du Recueil des plus belles pièces des poètes français tant anciens que modernes, depuis Villon jusqu'à Monsieur de Benserade, attribuée à Fontenelle, est un « ouvrage vraisemblablement collectif (avec Mme d'Aulnoy ou François Barbin ?), mais Trublet affirme avoir la preuve que Fontenelle a rédigé la Préface et les biographies des auteurs ». Il resterait à identifier ce François Barbin, qui n'est pas le fils du libraire, mais peut-être son frère. Mais Gervais E. Reed affirme n'en avoir jamais recontré le nom au cours de ses recherches. [2]
 

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[1] Frédéric Lachèvre attribue ce madrigal au poète Saint-Pavin (Disciples et successeurs de Théophile, Paris, Champion, 1911, p. 418).[2] Fontenelle, Œuvres complètes, t. IX, Œuvres diverses, éd. A. Niderst, « Corpus des œuvres de philosophie en langue française », Paris, Fayard, 2001, p. 8; G. E. Reed, Claude Barbin, libraire de Paris sous le règne de Louis XIV, Genève-Paris, Droz, 1974, p. 18, n. 17.

 


mise à jour le 13 décembre 2016


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