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Carmente, histoire grecque (1668)

 


Résumé (pdf) de Carmente dans l'encadré Documents ►


CARMENTE[1]

 

PREMIÈRE PARTIE

 

LIVRE I

Dans une Arcadie de convention au hameau de Légée, se préparent les jeux de Pan et de la nymphe Syrinx, sous le patronage de Carmente, Reine d’Arcadie et de l’illustre Théocrite, « les délices et le sujet de toute la Grèce ». Sous le déguisement et le nom du berger Clophile se cache un prince dépouillé par les usurpateurs du trône d’Arcadie, Evandre, deuxième du nom, orphelin à huit ans, qui a déployé sa valeur dans les pays étrangers. Depuis la mort de son père Evandre, qui perdit la vie en essayant de reconquérir son trône, il est réfugié à la Cour de son oncle, le roi d’Argos. Ce dernier a deux enfants, un fils Tessandre et une fille nommée Carmente. Evandre, qui a Théocrite pour confident, ne rêve que de reconquérir son trône. Cependant une idylle naît entre Carmente et lui, idylle malheureuse puisque Carmente, liée par la raison ne peut disposer de son cœur. Mais un jour qu’Evandre a sauvé la vie de Tessandre et de son père en risquant la sienne, on lui promet la main de sa bien‑aimée. Outré de cette faveur, Tessandre se rend en Arcadie auprès des usurpateurs, revient avec eux pour empoisonner son père et, devenu Roi, unit sa sœur à Palans, l’héritier du trône d’Arcadie et le mortel ennemi d’Evandre.

Celui‑ci se réfugie dans le Latium et combine un rapt qui échoue. Par prudence, Evandre se fait passer pour mort, mais il revient ce jour sous le nom de Cléophile, et déguisé en berger, pour essayer d’apercevoir Carmente.

 

LIVRE II

Passe alors un couple de jeunes bergers, Licoris et Cyparisse. Ils se querellent en vers sur un point d’amour. Théocrite se propose comme arbitre ; encore faut‑il qu’ils racontent leur histoire.

 

Histoire de Cyparisse : (p. 99).

Railleuse envers les provinciaux, cette jeune fille élevée à la cour rencontre Licoris qui, ayant eu la même éducation qu’elle, ne redoute pas sa causticité. Elle s’éprend de lui, séduite par son aisance, mais lui, de son côté, joue l’indifférence. Devant les marques de dépit de Cyparisse, exprimées en vers, il lui adresse une déclaration galante et poétique, interceptée par un rival, Timante, qui y appose sa signature. Cyparisse, honteuse d’avoir dévoilé ses sentiments, se résout par honneur à épouser Timante. Licoris essaie de faire rompre le mariage, mais il est trop tard : le père de Cyparisse s’est engagé. Licoris répand alors le bruit que les vers signés de Timante étaient en fait adressés non à Cyparisse mais à sa jeune tante Miris. Il ne tire d’autre bénéfice de cette feinte que de se voir proposer Miris pour épouse, jeune femme d’ailleurs charmante, que, par honnêteté, il ne peut décemment refuser. Cependant Persandre, père de Cyparisse, meurt. Le mariage de celle‑ci est retardé en raison de la complication de la succession. Elle se réfugie alors dans le Hameau des bergers où la suivent Licoris, Miris et Timante, à qui elle ne donne toujours pas congé, ce qui irrite Licoris. La Reine Carmente passe sur ces entrefaites : description des vêtements des bergers et bergères, de Carmente et de sa suite (pp. 139‑142). Elle est accompagnée de Timoléon, qui paraît prévenu d’une passion violente pour elle, et d’un couple princier, Arcaste, sœur de Palans et de son fiancé Nicostrate. La Reine s’arrête pour saluer Théocrite et lui confie qu’elle croit reconnaître Evandre en Cléophile, mais comme cette supposition paraît absurde, elle écarte les paroles enveloppées de Théocrite et le convie à lui expliquer pourquoi il paraît si docte en amour.

 

Histoire d’Ardélie et de Théocrite.

Théocrite, fils de Praxoras, prince du Sénat de Syracuse, se méfie plus qu’un autre de l’amour. Cette singularité irrite ses parents qui emplissent la maison « des plus belles filles de Syracuse ». L’une d’elle, Ardélie, est servante de la mère du jeune homme. Elle parle un grec très pur et deux autres langues. Cette particularité, jointe à sa beauté, attire l’attention de Théocrite. Il apprend, que, bien qu’esclave, elle doit être de grande naissance, aussi se dispose‑t‑on à l’affranchir. Un jour qu’il lui parle de manière ornée, elle demande à apprendre « ce langage des dieux ». Théocrite donne donc à Ardélie des leçons de poésie et s’émerveille des dons de sa nature. Elle devient bientôt le point de mire de Syracuse, et Timoléon, adversaire politique de Théocrite, et de sang royal, se range parmi ses adorateurs. A l’occasion d’une discussion sur l’influence de la sincérité dans les billets ou la poésie amoureuse, on met Ardélie au défi plus tendrement que les autres. Tous s’exécutent et Théocrite, juge désigné, s’aperçoit que la « sympathie » a dicté à Timoléon et à Ardélie deux textes semblables. La jalousie, exacerbée par le commerce de vers qui se poursuit entre les deux jeunes gens, révèle à Théocrite des sentiments jusqu’ici inconscients. Il fuit vers Argos pour offrir son épée au souverain, père d’Evandre, et après s’être vaillamment illustré, croit revenir guéri. Mais, mesurant à son retour l’attachement d’Ardélie pour Timoléon – attachement dont il cherche et découvre des témoignages écrits –, il est repris par sa passion. Pourtant, il persiste, « quand il n’est lui‑même que faiblesse », à donner « des leçons de force à Ardélie ». Cependant, tandis que Timoléon part pour un long voyage, il estime prudent de se retirer dans sa solitude.

Ardélie, qui le croit offensé, vient lui rendre visite ; il ne peut s’empêcher de se déclarer. Aussitôt la jeune fille exulte, et s’écrie dans un bel élan d’amour égoïste :

« puisque vous cédez vous‑même à une passion beaucoup moins juste que la mienne, vous n’avez plus rien à me reprocher » (p. 187).

Ardélie manifeste sa fidélité pendant la longue absence de Timoléon, que Théocrite espérait mettre à profit. Mais voici que revient le prince de Syracuse.

 

Suite de l’histoire d’Evandre et de Carmente.

Le récit de Théocrite est interrompu par le début d’une fête en l’honneur de Pan et de la Nymphe Sirynx. Description du cadre à la fois champêtre et raffiné, et de la fête proprement dite (musique, poésie, danse et collation), où chacun des illustres bergers joue un rôle : Cléophile éclipse tous les autres dans celui de Pan (pp. 190‑196). Ayant dépouillé tout déguisement, il vient se présenter à la Reine qui le reconnaît pour Evandre, n’en montre rien, mais demeure fort troublée.

 

LIVRE III

Carmente a l’âme déchirée, car elle tient à être fidèle à son époux Palans qui vit d’ailleurs avec elle de manière « obligeante ». De son côté Evandre est anxieux. Simas, autre berger qui s’est retiré du monde, raconte alors son histoire pour lui montrer qu’il existe des maux pires que les siens.

 

Histoire de Simas et d’Iphise.

Simas devient amoureux d’Iphise, épouse de son ami Artémis, en ayant lu des vers d’elle, et en entendant les époux exprimer leur amour mutuel. Il aime « pour aimer seulement », en l’absence de toute espérance et de toute faveur. « Il est inouï » qu’on se soit mis dans la tête d’aimer une femme enchantée de son mari. Cet amour est enflammé par les confidences d’Artémis :

« Je sais qu’il est ridicule de faire l’amant de sa femme, je m’oblige à garder quelque mesure devant le monde, mais dans le particulier je lui rends des devoirs et des soumissions que la maîtresse la plus fière pourrait à peine exiger de l’amant le plus passionné (pp. 227‑228).

Mais un jour, on soupçonne Artémis d’être impliqué dans une conspiration contre Palans, et Simas, qui en est averti, n’arrive pas à temps pour informer son ami. Par contre, il se trouve en présence d’Iphise presque nue, et la prend dans ses bras pour la sauver. (description assez érotique p. 129).

Iphise veut à tout prix rejoindre son époux en prison, mais un billet de celui‑ci, qui la confie à Simas, l’oblige à demeurer en place. A son tour, Simas est puni du secours qu’il a apporté à ses amis par la perte de tous ses biens. Cependant il entretient Iphise dans un train magnifique, jusqu’à lui faire présent « d’un déshabillé fort somptueux ». Cette « générosité » la gêne :

« Puisque les Dieux m’ont soumise à la nécessité de vous devoir quelque chose, souffrez que je vous doive le moins possible » (p. 232).

Simas brûle en secret, mais se refuse à trahir Artémis dans sa disgrâce. Il se contente d’une vie pauvre et du plaisir de chasser avec un oiseau. Celui‑ci, grâce à l’intervention d’amis puissants, obtient son élargissement et retrouve sa femme, qui lui vante imprudemment les bontés de Simas à son égard. Artémis en conçoit une jalousie furieuse, et imagine de les surprendre ensemble. Il assiste donc, caché, à un maigre repas, où le malheureux Simas n’a rien d’autre à offrir à celle qu’il aime que son cher oiseau, réduit en fricassée. Apprenant ce sacrifice inattendu, Iphise fond en larmes de reconnaissance et se laisse aller à dire à Simas :

« Je voudrais ou n’avoir jamais été, ou que vous fussiez le seul homme du monde que j’eusse connu ». (p. 245)

La jalousie d’Artémis confine à la folie. Il tourmente sa femme au point que celle‑ci se donne la mort dans l’espoir de rétablir l’amitié des deux êtres qui lui sont chers.

 

Suite de l’Histoire d’Evandre et de Carmente.

Dans la nuit, Evandre aperçoit une ombre : c’est Carmente qui d’abord cède à l’émotion, puis se reprend en lui recommandant « d’aller chercher en quelque autre lieu une félicité (qu’il ne doit) pas espérer auprès de la femme de Palans ». Devant le désespoir d’Evandre, elle hasarde une déclaration mais seulement parce quelle sait que cet entretien est le dernier. « Je n’aime Palans que parce que mon devoir et ma gloire me l’ordonnent ». Avant de se lever pour partir, elle serre doucement dans ses mains la tête d’Evandre à ses genoux et malgré elle, leurs lèvres se rencontrent. Evandre, enflammé par ce baiser, s’abandonne à ses ravissements, tout en s’emportant contre ce Rival bienheureux possesseur de Carmente et usurpateur de son trône.

A ce moment apparaît un cavalier inconnu, très troublé, qui se présente « comme un des plus grands Princes du monde », et demande l’hospitalité. Pendant qu’on le conduit au Palais de Carmente, Evandre découvre dans un buisson le corps de Palans percé de coups (p. 273). On soupçonne aussitôt Evandre de ce meurtre et on l’arrête. Nicostrate, son beau‑frère, s’installe sur le trône.


DEUXIÈME PARTIE

 

LIVRE I

Tous les amis d’Evandre font proclamer son innocence. Dans ce dessein, Simas revient dans sa ville de Négare, naguère soumise à l’autorité de Palans, et ses concitoyens le rétablissent dans ses droits de monarque (279). Cette nouvelle agite Nicostrate, qui se prend à craindre qu’Evandre ne bénéficie du même salut ; il court donc pour le supprimer, mais Timoléon l’arrête. Portrait physique et moral de Timoléon (pp. 279‑282). Le geste de Nicostrate soulève l’indignation de tous les « pasteurs » qui arrivent armés au Palais. Nicostrate prend peur et s’enfuit. On croit Evandre délivré des dangers, mais Carmente « s’oppose à toutes ces conjectures favorables » et, « par un scrupule de vertu sévère » qui lui fait « craindre qu’on ne l’accusât de contribuer à la révolte », « elle se rendit elle‑même l’instrument d’une tyrannie qu’elle détestait » (p. 284).

Le gentilhomme inconnu propose ses services à Théocrite pour tirer d’embarras le malheureux Evandre : c’était lui qu’il avait autrefois chargé d’enlever Carmente ; il dispose maintenant de troupes dans l’Ile de Sacynthe. Il est latin d’origine et se nomme Albius Turnus.

Théocrite s’embarque avec lui pour les aller chercher, et le prie de raconter son histoire. Elle commence par celle d’un jeune couple princier auquel sa fortune est attachée.

 

Histoire de Pygmalion et de Persélide.

Pygmalion est fils de Bellus, roi des Carthaginois. Son père le marie avec Persélide, princesse de Numidie, « miracle d’esprit, de beauté et de vertu ». Aussi « l’amour qui n’avait pas précédé le mariage lui succéda » (p. 292). Une fille leur naît appelée Persélide comme sa mère. Pygmalion ressent pour sa fille un amour passionné. A ce moment paraît un monstre sur les côtes d’Afrique, et un oracle déclare qu’on ne pourra l’apaiser que par « une victime royale ». Comme le sacrifice d’enfant fait partie des coutumes barbares de cette nation, on pense aussitôt à la petite Persélide, mais la mère se propose à sa place en s’écriant :

« C’est moi qui ai attiré le courroux céleste sur ma tête en recevant et en donnant à mon époux des adorations qui ne sont dues qu’aux immortels » (p. 297).

Albius intervient alors et imagine de supposer à la princesse la fille d’une esclave récemment décédée. On confie donc la royale enfant à Albius, mais tandis qu’il essaie d’aborder au sud de l’Italie où il compte rejoindre son père, les pirates barbaresques attaquent son vaisseau, emmènent la princesse en direction du Levant, et Albius dans une île de la Mer Egée. Son père parvient à la racheter, et il retrouve son Latium natal pour s’y illustrer contre les Aborigènes. Mais il et en quête de nouvelles concernant Persélide. Il se rend jusqu’à Delphes où l’oracle lui rend naturellement une réponse ambiguë, mêlant à son aventure les noms d’Evandre et d’Ardélie. Théocrite acquiert la certitude qu’Ardélie et Persélide ne sont qu’une seule et même personne.

 

Suite de l’histoire de Carmente et d’Evandre.

Les Mégariens se joignent aux troupes d’Albius et pour éviter une guerre, font savoir à Carmente que si elle voulait leur donner entrée dans le hameau pendant qu’elle en était la maîtresse, ils remettraient Evandre sur le trône de ses pères et le lui feraient partager avec lui (p. 309). Carmente refuse et persiste à solliciter la mort d’Evandre, tout en le sachant innocent : « Ce n’est pas assez que Carmente soit contente d’elle‑même, il faut que tout l’univers le soit aussi » (p. 311). Cependant on se demande ce qu’est devenu le Roi d’Argos Tessandre qui n’a donné aucun signe de vie depuis longtemps, et qui aurait été aperçu rôdant seul et sans escorte dans le hameau de Légée. Seule avec Timoléon dont l’entretien la console, Carmente se laisse aller à des réflexions du genre de celle‑ci :

« Le sceptre ne porte point de vertus avec lui et le caprice de la nature qui fait naître un enfant d’un souverain plutôt que du moindre de ses sujets, ne donne pas une autre âme à ce Roi naissant qu’à un enfant parmi le peuple. Au contraire, on voit souvent que le pouvoir de tout entreprendre, et que l’autorité souveraine a rendu des gens vicieux qui auraient peut‑être eu plus de vertu s’ils n’avaient été nés sur le trône » (p. 314).

Elle prie aussi Timoléon de lui narrer la suite de l’histoire de Théocrite et d’Ardélie à laquelle il est mêlé.

 

Suite de l’Histoire d’Ardélie de Timoléon et de Théocrite.

Malgré sa passion pour Ardélie, Timoléon, pour l’intérêt de sa fortune, accepte un emploi considérable dans le royaume des Eléens. Il reçoit d’elle des preuves touchantes d’amour et de fidélité, mais dit‑il,

« je ne fus pas sitôt au comble de cette félicité tant souhaitée qu’elle commença à me devenir insupportable. Les lettres d’Ardélie étaient à mon gré trop fréquentes et je regardais la nécessité d’y répondre comme une corvée dont j’aurais voulu pouvoir me dispenser » (p. 319).

Ardélie loin de faire des reproches à son amant, continue ses tendresses, ce qui fait naître en Timoléon une « honte secrète de sa passion qui l’étouffa entièrement » (p. 320). De retour à Syracuse, c’est tout juste s’il songe à aller revoir Ardélie ; mais celle‑ci est fière,

« elle me traita avec une civilité aussi froide que la mienne et moi, tout joyeux de m’être tiré de cette entrevue avec autant d’indifférence que j’en avais témoigné, j’achevai de renoncer à mon amour et je m’abandonnai à mon ambition sans aucune reserve » (p. 321).

Cependant un noble Syracusain, Hermocrate, demande la main d’Ardélie. Elle refuse, au terme de l’argumentation suivante :

« Ni lui ni moi nous ne savons ce que je suis en effet ; et si Hermocrate peut obtenir de lui‑même d’épouser une affranchie, je ne puis obtenir de mon cœur de se donner à un homme qui est peut‑être né au‑dessous de moi. Si je suis d’un sang au‑dessus de celui d’Hermocrate, je veux qu’il ait obligation de mon choix à mon estime pour lui, et non pas à mon ignorance » (p. 323).

Cette réponse frappe d’admiration tous ceux qui en ont connaissance, et particulièrement Timoléon : « Cette fille me parut précieuse ». Il va rendre visite à Ardélie pour savoir si ses dispositions vis-à-vis d’Hermocrate sont une manière de fidélité à leur amour. Il est aussitôt détrompé : « Les raisons qu’elle a fait valoir, dit‑elle, sont générales ». Timoléon regarde alors « cette fille illustre » avec des pensées d’adoration et montre son enthousiasme à Théocrite. Celui‑ci, qui les croyait brouillés, est fort surpris. Timoléon revient à charge, mais c’est pour apprendre qu’Ardélie est en voyage.

Il n’a plus qu’un désir : « regagner ce cœur illustre », et essaie ses remords en faisant valoir qu’il n’a donné à la jeune fille « que son ambition pour rivale. » Un jour qu’il rejoint Ardélie, il surprend une conversation où elle protestait à Théocrite de la fidélité de sentiments pour son premier et seul amour. Timoléon est transporté de joie, tout autant que d’étonnement, car il apprend ainsi que Théocrite était son rival. Ardélie continue en disant que de toutes façons la qualité de sage et de savant l’impressionne. Suit un échange d’idées sur ce que la science apporte ou retire à l’amour (pp. 340‑342).

Théocrite cependant veut arracher une « faveur » d’Ardélie. Timoléon redevenu jaloux fait irruption entre eux deux. Et, tandis que le désespoir fait fuir Théocrite, il se jette aux pieds de la jeune fille qui lui répond :

« J’aurais mauvaise grâce de vous rebuter repentant puisque je n’ai pas eu la force de vous haïr coupable. »

Cependant Praxoras et son épouse Philine, parents de Théocrite, interdisent à Ardélie tout contact avec l’extérieur et la séquestrent. Timoléon, qui veut la délivrer par tous les moyens, se souvient alors qu’il est prince déchu et assemble ses amis pour recouvrer son trône. Pour tous, cette restauration semble passer par la mort de Praxoras, chef de l’état populaire. Théocrite s’y refuse et préfère assiéger Syracuse (siège décrit p. 351‑354). Il délivre Ardélie qui repousse la liberté et décide de lier son sort à celui de Praxoras, en raison des obligations passées :

« Je préfère la gloire d’être estimée de vous à la joie de jouir de votre vue » (p. 356).

Elle accepte finalement de se rendre « dans une maison de vierges consacrées à Diane » située au bord de la mer. Mais Théocrite et ses amis combattent toujours. Nouvel Archimède, il construit des engins qui lui permettront de traverser le bras de mer. Timoléon se défend farouchement.

Mais il apprend qu’Ardélie vient d’être enlevée par Hermocrate. Les armes s’arrêtent aussitôt et Théocrite se met généreusement au service de Timoléon pour retrouver Ardélie : or elle a été embarquée sur un vaisseau qu’ils aperçoivent déjà en pleine mer. Les deux jeunes gens abandonnent la ville, leur ambition, et « la défense des libertés publiques », pour se lancer à la poursuite de la jeune fille. Ils vont d’abord consulter en Crète un oracle de Jupiter qui répond :

« Cours vite recevoir par les mains de l’amour une grande princesse aux rives de Mégare ».

Théocrite s’efface pour laisser cette gloire à Timoléon, mais ce dernier n’imagine pas une fortune d’où Ardélie pût être absente, aussi se retirent‑ils tous deux au hameau de Légée.

 

LIVRE II

Théocrite venait au secours du Prince d’Argos, lorsqu’en passant le long du rocher Strivale il entend un bruit d’armes et de voix. Il fait mettre une chaloupe à la mer et aborde dans une « charmante solitude ». Il y aperçoit des vers désolés tracés sur une ardoise, « d’un caractère de femme », auprès d’un cyprès « semé de chiffres entrelacés de cœurs navrés ». Les matelots découvrent bientôt plusieurs corps de combattants, parmi lesquels le Roi d’Argos, Tessandre, ainsi que celui d’Hermocrate. Théocrite alors entend la voix d’Ardélie et de sa suivante, nommée Ariante, qui déplorent leur triste destinée. Théocrite se fait connaître et tous deux approchent d’un mourant, nommé Anténor. Il s’accuse d’avoir été parmi les pirates qui avaient autrefois enlevé Ardélie, alors Persélide, et de l’avoir confiée à un marchand arabe pour s’enrichir par la rançon que verseraient ses parents. Le marchand ayant disposé d’elle, il vient à Syracuse, la trouve, en tombe amoureux, se place chez Hermocrate comme serviteur, et tous deux l’enlèvent. Anténor compte se débarrasser d’Hermocrate, mais une tempête jette le vaisseau sur les côtes d’Argos, où le Roi Tessandre s’éprend d’Ardélie : il veut l’épouser malgré elle, ce qui scandalise ses sujets, prêts à se soulever. Mais le Roi l’a conduite dans cette île retirée pour jouir d’elle à son gré. Anténor et Hermocrate le poursuivent, et tous finissent par trouver la mort sur ce rivage (p. 428). Pour Théocrite

« Cette qualité de Princesse de Carthage apportait un obstacle nouveau à tous les desseins qu’il aurait pu former ».

Il décide alors de se guérir définitivement de sa passion en priant Ardélie de lui parler de son grand amour pour Timoléon. Elle reprend donc le récit d’Anténor, et lui raconte à quelles humiliations elle fut en butte de la part de cet homme et d’Hermocrate, puis vante l’attitude obligeante mais intéressée de Tessandre qui, devant la fierté qu’elle lui manifeste, finit par l’abandonner à Hermocrate. Prête à obéir devant l’autel qui doit les unir, elle voit surgir le Roi furieux, qui bouleverse la cérémonie et l’arrache des mains de son futur époux ; Anténor dépose la malheureuse dans l’île en feignant d’agir pour le compte du Roi. Il espérait en réalité cacher la retraite d’Ardélie au souverain et se défaire d’Hermocrate pour se réserver la malheureuse. Mais le Syracusain découvre le jeu du traître, le poursuit, et ses gens, ne voyant par revenir leur maître, lui indiquent le lieu de retraite d’Ardélie. D’où la bataille générale qui venait d’avoir lieu.

Théocrite veut conduire Persélide à Mégare, et envoie un messager pour qu’on vienne le chercher. Simas en personne survient et apprend à Théocrite que la situation d’Evandre est extrêmement critique, car Nicostrate a reçu les renforts du Roi d’Elide. Théocrite se rend au plus vite à Légée pour essayer de sauver le Prince d’Argos. Licoris, qu’il rencontre sur sa route, lui annonce que Cyparisse venait d’être enlevée par des inconnus, Timante ayant été tué en la protégeant. En arrivant à Légée, il voit Timoléon fermement décidé à s’opposer aux Mégariens pour obéir à la Reine Carmente, mais Théocrite lui propose Ardélie en échange de la liberté d’Evandre. Cette victoire sur lui‑même fait l’admiration de Timoléon, et tandis que ce dernier court rejoindre sa bien‑aimée, Théocrite entreprend de convaincre Carmente qu’il lui faut défendre la vie d’Evandre ; elle résiste encore :

« Je comprends qu’il serait de la justice et de l’équité de défendre sa vie contre les apparences qui l’attaquent, mais lui, qu’on sait que j’ai aimé et que je ne pourrais défendre ouvertement sans faire soupçonner que j’ai quelque part au crime qu’on lui impose, cela ne se peut pas » (p. 479).

 

LIVRE III

Nicostrate approche du hameau, et Carmente est décidée à se donner la mort aussitôt qu’Evandre aura cessé de vivre ; elle déplore en effet la tyrannie

« de ces espérances chimériques dont la renommée enchante le cœur de ses esclaves, puisque nous n’emportons chez Pluton que la poussière dont nous sommes formés » (p. 486).

Bien qu’inébranlable dans sa décision

« elle ne peut se refuser la consolation de dire un dernier adieu à cet amant infortuné » (p. 488).

Cette scène touchante, durant laquelle Evandre veut devancer la mort et se déclare coupable pour justifier entièrement la Reine de toute compromission, est interrompue par l’arrivée d’Arcaste, nerveuse et fébrile, qui raconte son histoire.

 

Histoire de la Princesse Arcaste et du Prince Nicostrate.

Arcaste, deuxième du nom, est fiancée à Nicostrate dès son enfance. Son aïeule Arcaste grâce à l’influence dont elle jouit sur son second mari, le Vieil Orchomène, fait déshériter son fils, le père d’Evandre, et obtient la couronne pour son propre enfant. L’ambition de la jeune Arcaste se dévoile et son désir de régner lui fait éprouver du mépris pour Nicostrate. Ce prince ne s’offusque pas de cette évolution qu’il interprète comme l’effet d’une belle fierté ;

« J’aime mieux voir que vous vous mettez au prix d’une couronne que de n’avoir aucune espérance de vous acquérir... Je consens à ne vous posséder point que je n’aie un trône pour vous y placer ». (p. 507)

Aussi les deux jeunes gens complotent‑ils à l’envi contre le propre frère d’Arcaste, Palans, destiné au trône. Grâce à l’amitié d’un Arabe, savant herboriste et innocent dans l’affaire, ils fabriquent un poison. Par hasard Tessandre y touche. Arcaste en crie d’effroi, et lui avoue la nocivité du breuvage, car, si Tessandre mourait, dit‑elle

« cette aventure pourrait jeter quelque soupçon dans l’âme de Palans et le garantir par là des pièges que nous pourrions lui tendre une autre fois ». (p. 514).

Tessandre se réserve soigneusement ce poison pour s’en servir lui‑même et se défaire de son propre père. L’aïeule Arcaste meurt ainsi que son fils, et voici Roi Palans, le frère de la jeune Arcaste. Celle‑ci se désespère, car, le nouveau Roi épousant Carmente, un fils peut lui naître, événement qui éloignerait cette ambitieuse de la couronne. Aussi Nicostrate, qui partage sa passion n’a-t-il de cesse qu’il ne tue Palans, meurtre qu’il devait justement perpétrer, dans la forêt, le lendemain de la fête de Pan. Nicostrate monte donc sur le trône à la place de Palans comme on l’a vu, mais c’est pour offrir la couronne à la bergère Cyparisse qu’il vient de faire enlever ! Ivre de jalousie et de vengeance, Arcaste vient dénoncer le meurtrier. Carmente se précipite alors pour sauver Evandre avant que Nicostrate le fasse périr. Elle aperçoit le malheureux luttant les armes à la main contre ses amis qui viennent le délivrer. Mais la Reine ne s’estime pas satisfaite ; elle prie Evandre libéré de venger le trépas d’un monarque assassiné :

« La dignité de tous les Rois est offensée par ce parricide ; la sûreté de votre personne propose, et l’exemple que vous devez à votre peuple vous demande cette punition ». (p. 527).

Les amis d’Evandre, après des acclamations de fidélité, se préparent donc à la guerre et à poursuivre Nicostrate, l’auteur du meurtre. Ce dernier commet une grave erreur stratégique et se trouve pris au piège (récit de bataille pp. 530‑535), mais il échappe personnellement au massacre et se réfugie dans ses murailles de Stymphale. Simas meurt dans ce combat, accueillant avec joie un trépas glorieux qui met fin à une existence désespérée. On découvre non loin de là Cyparisse dans une tente. Elle raconte à son tour son histoire.

 

Suite de l’histoire de Cyparisse.

Nicostrate est tombé amoureux de Cyparisse le jour de la fête de Pan ; depuis cet instant il la poursuit, lui donne sérénades et aubades, lui adresse des corbeilles de fleurs et des billets galants, et finit par la faire enlever jusqu’en sa principauté de Stymphale. Il mêle les soumissions aux brutalités, mais lui offre la couronne d’Arcadie. Arcaste, voyant qu’Evandre est reconnu Roi et achève de reconquérir son royaume, tandis que Cyparisse de son côté se trouve séparée de Nicostrate, sent l’espoir d’être Reine se rallumer, mais elle est surtout en proie aux remords et au désespoir de tout ce que sa jalousie (d’ambition) lui avait fait exécuter contre lui,

« …en apprenant de la bouche même de Cyparisse qu’il y avait eu plus de brutalité que d’amour dans le procédé de Nicostrate et qu’il avait eu moins de dessein de faire la bergère Reine que de satisfaire sa passion. Comme elle était moins sensible à ce qui regardait le cœur de son amant qu’à ce qui regardait la couronne, elle s’abandonne à une rage si violente qu’elle ne put en supporter les effets sans mourir » (p. 556).

Cyparisse épouse alors Licoris, tandis que Carmente fait élever un tombeau à Palans. Evandre doit faire le siège de Mégare où son amante règne encore. Récit « homérique » du siège, avec combat singulier entre Evandre et Nicostrate (pp. 559‑561). Entrée solennelle du vainqueur dans la ville soumise, avec description de l’élégance sobre de Carmente dans son costume de veuve (p. 565). Evandre obtient non sans peine de voir enfin accomplis les vœux de son cœur. Il en est de même pour Timoléon à qui Théocrite, en cadeau de noces, sacrifie ses menées politiques à Syracuse. On apprend en même temps que la mort de Pygmalion rend Persélide maîtresse absolue de sa destinée : e1le rentre donc à Carthage pour y faire couronner Timoléon.

« Carmente fut aussi les délices de tous les latins ; on dédia plusieurs fêtes en son honneur qui de son nom furent nommées Carmentales ». (p. 573).



[1] Edition Claude Barbin t. III.



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mise à jour le 28 octobre 2014


Université Lumière Lyon 2