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Madame de Villedieu (IHRIM - UMR 5317) Portails : www - étudiants - personnels Madame de Villedieu (IHRIM - UMR 5317)

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Hoefer (Ferdinand)

 


Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter, Paris, F. Didot, ss la dir. de M. le Dr Hoefer, 1854-1866, t. 46, p. 180-182 :

VILLEDIEU (Marie-Catherine-Hortense DESJARDINS, plus connue sous le nom de Mme DE), femme auteur française, née en 1631, à Saint-Rémi du Plain, près de Fougères, morte en novembre 1683, dans le même lieu. Son père était prévôt de la maréchaussée d'Alençon, et sa mère femme de chambre de la duchesse de Rohan. Ayant pour les lettres un talent naturel, qui se manifesta de bonne heure, elle fut plus d'une fois détournée de l'étude par les emportements d'une imagination passionnée. Un de ses cousins fut le premier objet de son amour. Ne pouvant plus cacher à ses parents les résultats de sa faute, elle alla chercher un refuge près de la duchesse de Rohan, qui l'accueillit avec bienveillance. L'enfant qu'elle mit au monde ne vécut que six mois. Catherine ne tarda pas à oublier son cousin pour un jeune capitaine d'infanterie nommé Boisset de Villedieu, qui promit de l'épouser. Les bans furent publiés ; mais la fille d'un notaire de Paris se déclara l'épouse légitime du sieur de Villedieu, et celui-ci prenant la fuite se dirigea vers Cambrai, où son régiment tenait garnison. Catherine, en habit d'homme, le poursuivit, dans le dessein raison, les armes à la main. Les deux amants, dès qu'ils se virent, se réconcilièrent et passèrent en Hollande. Ils revinrent bientôt en France, unis, dit-on, par un pasteur hollandais, et, quoi qu'il en fût, vécurent à Paris en gens mariés, après avoir fait taire toutes les plaintes. Villedieu ne fut pas fidèle, et Catherine s'était vengée de son abandon par de nouvelles passions, lorsqu'il mourut des suites d'une blessure reçue dans un combat ou dans un duel. Catherine continua le cours de sa vie galante. La mort subite d'une de ses amies lui inspira des sentiments de repentir, et elle entra dans un couvent, où elle devint une novice exemplaire ; mais le bruit de sa vie scandaleuse étant parvenu jusqu'à la supérieure, on lui enjoignit de quitter la maison. Elle rentra dans le monde, et y reprit ses habitudes. Parmi ses adorateurs, le marquis de Chatte, vieillard de soixante ans, lui offrit de l'épouser. Le mariage eut lieu et fut déclaré nul, le marquis ayant une première femme qu'il avait abandonnée. Un enfant était né de cette union condamnée par les lois ; il n'accomplit pas sa première année, et le marquis mourut peu de temps après lui. « Ainsi, dit M. Hauréau, deux fois mariée et deux fois mère, Catherine n'avait pu conserver ni ses enfants ni ses maris, et elle ne pouvait, sans braver les lois, prendre le titre de veuve. » Elle continua sa vie d'amours et de prodigalités. Ses mariages ne l'avait pas enrichie ; mais elle recevait de Barbin cinq livres pour chaque page de ses romans, et elle touchait quelques secours sur la cassette du roi. Elle passa les dernières années de sa vie dans le lieu de sa naissance, et y retrouvant le cousin qui avait été son premier amour, elle l'épousa. Malgré l'éclat de ses dérèglements, Mme de Villedieu fut liée avec les femmes du plus haut monde, Mme de Chevreuse, Mme de Montbazon, etc. ; et son second enfant fut tenu sur les fonts de baptême par le dauphin et Mlle de Montpensier. Voici le portrait qu'elle a tracé d'elle-même : « J'ai la physionomie heureuse et spirituelle, les yeux noirs et petits, mais pleins de feu ; la bouche grande, mais d'assez belles dents ; le teint aussi beau que peut l'être un reste de petite vérole maligne ; le tour du visage ovale ; mais j'ose dire que j'aurais bien plus d'avantage à montrer mon âme que mon corps. » En ce dernier point, elle se faisait quelque illusion, car son âme se montra peu à son avantage dans sa conduite, et on en lisait assez bien les sentiments sur son visage, puisque Tallemant dit d'elle : « A sa mine, vous ne jugeriez jamais qu'elle fût bien sage. » Elle a du reste résumé sa morale dans ce passage de ses vers :

Si l'amour est un vice,
C'est un vice plus beau que toutes les vertus.

Comme auteur, Mme de Villedieu eut une réputation, tout à fait éteinte aujourd'hui, mais qui ne fut pas entièrement imméritée. Sa prose a de l'élégance ; ses poésies fugitives, quelquefois trop libres, sont gaies, faciles et naturelles ; ses romans, qui pour la plupart font partie de la révolution opérée contre les ouvrages de Mlle de Scudery, sont vifs, passionnés, souvent bien conduits. Elle a laissé : le Récit en prose et en vers des Précieuses, 1660 : très rare ; - Alcidamie, roman ; Paris, 1661, 2 vol. in-8° ; - Recueil de poésies ; Paris, 1662, in-12 ; - Le Carrousel du Dauphin ; Paris, 1662, in-12 ; - Manlius Torquatus ; Paris, 1662, in-12 ; Amst., 1718, 1741, in-12 ; - Nitetis ; Paris, 1664, 1741, in-12 : cette tragédie et la précédente furent jouées, la première le 4 mai 1662 et la seconde le 27 avril 1663, à l'hôtel de Bourgogne ; la première seule fut bien accueillie ; - le Favori ; Paris, 1663, 1665, in-12 : comédie en vers représentée avec succès, le 3 juin 1663, sur le théâtre du Palais Royal ; - Recueil de quelques lettres et relations galantes ; Paris, 1668, in-12 ; - Les Annales galantes ; Paris, 1670, in-12 ; - Fables, ou Histoires allégoriques ; Paris, 1670, in-12 ; - Journal amoureux; Paris, 1671, 1680, in-12 ; - Aventures ou Mémoires de Henriette Sylvie de Molière ; Paris, 1672, in-12 ; - Galanteries grenadines ; Paris, 1673, in-12 ; - Les Exilés ; Paris, 1675, 1684, in-12 ; - Amours des grands hommes ; Paris, 1679, in-12 ; - Carmente ; Paris, 1680, in 8° ; - les Désordres de l'amour ; Annales galantes de Grèce ; etc. Les Œuvres de Mme de villedieu ont été réunies après sa mort ; Paris, 1702, 2 vol. in-12 ; Toulouse, 1703, 6 vol. in-12 ; Paris, 1721, 1741, 12 vol. in-12. L'édition de Toulouse est incomplète ; celles de 1721 et 1741 contiennent plusieurs romans faussement attribués à Catherine Desjardins.

[Notice signée par J.-M.]

Goujet, Bibl. française, t. XVIII, p. 132. - Hist. littér. des dames françaises, t. II. - Tallemant, Historiettes. - Parfaict frères, Hist. du Théâtre Français. - Hauréau, Hist. littér. du Maine, t. IV.

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mise à jour le 5 janvier 2014


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