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Les Désordres de l'amour (1675)

 



Résumé (pdf) des Désordres de l'amour dans l'encadré
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LES DÉSORDRES DE L’AMOUR[1]

 

Première Partie[2]

 

La nouvelle s’ouvre sur l’arrivée à Paris du nouveau Souverain, Henri III, ci‑devant Roi de Pologne. Il est aussitôt question de le marier. Sa mère, qui a déjà fait choix pour lui de Louise de Lorraine, lui dépêche la sémillante Mme de Sauve pour l’influencer dans ce sens. Son succès la hisse à un degré de faveur qui lui permet d’exercer en toute licence sa native coquetterie, et le Duc de Guise, auquel elle accordait jusqu’ici ses faveurs, est la première victime de son dédain. Pour mieux se venger, il fait alliance avec Mlle d’Elbeuf « qui conservait toujours un vif ressentiment contre Mme de Sauve pour lui avoir enlevé le cœur de Roi », et Mlle de Chateauneuf « qui avait les mêmes sujets de plainte ». Ils réussissent à faire entrer dans leurs intérêts la Reine de Navarre qui accusait la dame « de l’avoir desservie auprès du Roi ». Il n’est pas jusqu’au Roi de Navarre lui‑même qui ne se laisse convaincre, du moins pour les beaux yeux de Mlle de Chateauneuf, dont il brigue les douceurs. Cette « ligue » se fixe pour objectif d’infliger à l’intrigante coquette une humiliation exemplaire.

« Il fut arrêté entre eux que le Roi de Navarre feindrait d’aimer Mme de Sauve, qu’il tâcherait d’en obtenir une préférence sur tous les autres amants et qu’après l’avoir obtenue, il lui donnerait des marques publiques de mépris, et la rendrait la risée de toute la Cour ». (p. 9)

Le Prince commence par donner au Bois de Boulogne une fête splendide dont Mme de Sauve est la vedette, mais l’heure de la vengeance ne tarde pas à sonner. La Reine Marguerite monte un Ballet, Apollon et Daphné, où est dévolu à la favorite le rôle de la « méprisée Clitie ».

« On prétendait obliger le Roi de Navarre à marquer fortement ce mépris ; et à dire à Mme de Sauve, après le Ballet, que cette fable était une vérité ». (p. 16)

Mais durant les répétitions, le Roi de Navarre, naturellement galant, est pris de scrupules ; il se sent d’ailleurs gagné par les attraits de sa future victime, qui séduit dans le même temps son beau‑frère Monsieur. Le soir de la représentation, il bouleverse tout l’argument, suit Clitie chaque fois qu’il doit la fuir et met le comble à la confusion.

Les « dames ligueuses », d’abord stupéfaites, se ressaisissent assez vite et échafaudent un nouveau plan :

« mettre une si forte jalousie entre Monsieur et le Roi de Navarre que le Roi se (croie) obligé d’en éloigner la cause et bannir Mme de Sauve de la Cour ». (p. 21)

On se répartit les tâches :

« (le duc de Guise) se chargea de faire aigrir l’esprit du Roi par la jeune Reine dont il était parent, et les dames se chargèrent de jeter la mésintelligence entre les deux Princes amoureux ». (pp. 21‑22)

La Reine de Navarre commence aussitôt à insinuer une violente jalousie dans l’esprit de son frère qui se précipite chez la dame pour lui faire des reproches : elle le retourne comme un gant, mais le Roi de Navarre, dûment averti par Mlle de Chateauneuf, n’est pas si aisé à convaincre ; enfin le Roi, « prévenu par les discours de sa femme » menace d’exiler, comme on le souhaite, la responsable de désordres qui prennent déjà des dimensions politiques.

La coquette ne perd pas son sang‑froid ; confiante en elle‑même, et ayant bien étudié son rôle, elle devine d’où viennent les coups, et se jette en larmes aux pieds du duc de Guise, lui jurant qu’elle n’avait jamais agi que par dépit amoureux. Le duc s’attendrit, mais tous deux conviennent de cacher leur raccommodement, tant par prudence que par plaisir bien compris. Ces voluptés du mystère sont si douces que le duc s’emporte à les détailler à sa maîtresse dans une lettre (pp. 46‑47) signée qui tombe aux mains de la Reine de Navarre. Quelle surprise, mais quelle aubaine ! On devine la colère de Monsieur et du Roi de Navarre, plaisamment mentionnés dans la missive. Les deux Princes quittent la Cour, l’un pour rejoindre son gouvernement de Normandie et de là la Guyenne où stationnent les troupes huguenotes, l’autre pour faire jonction avec le Prince de Condé et les protestants d’Allemagne.

La Reine Catherine prend l’affaire en main. Elle commence, sur les conseils de Dugua, son favori, à donner à sa fille la Reine de Navarre « sa maison pour prison », puis, emmenant avec elle Mme de Sauve, s’en va prendre un contact direct avec Monsieur son fils. Les charmes de la négociatrice opèrent sans difficulté, le Prince voulant bien se satisfaire de l’explication qu’on lui donne :

« la lettre du duc de Guise était un artifice pour les brouiller ; il l’avait fait exprès tomber dans les mains de la Reine de Navarre et dans les siennes ». (p. 52)

Ce n’est qu’un sursis, « les intéressés n’étant pas là pour la confondre ». Le duc de Guise s’aperçoit bientôt qu’il a fait tous les frais de la réconciliation, et le fait savoir hautement (lettre pp. 56‑57) ; puis, constatant que le traité d’avril 1576 renforce la position de ses rivaux et tend à rabaisser le crédit de sa maison,

« il prête l’oreille aux propositions de la Ligue et jeta les premiers fondements de cette guerre intestine qui pendant plusieurs années a déchiré les entrailles de ce royaume ». (p. 60)


Deuxième Partie[3]

 

Le marquis de Termes, « fort considéré du Roi Charles IX » ; a épousé par convenance une « fille de Guyenne », mais

« lui trouvant une beauté parfaite et plus d’esprit et de politesse qu’on en a communément dans les Provinces, l’amour qui n’avait pu devancer le mariage le suivit ». (p. 64)

Cependant la jeune épousée chérit anormalement la solitude, et sombre même dans une mélancolie qui met ses jours en danger. Le marquis, très inquiet, essaie de lui arracher le secret de cette langueur, mais vainement. Il s’attire enfin une si bizarre réponse

(« que je vous serais obligé si vous me témoigniez autant de mépris et de dureté que vous me témoignez de tendresse et de considération »)

qu’il lui fait un « commandement » de parler. Elle avoue alors qu’avant son mariage elle s’était liée de tendresse avec le neveu du marquis, le jeune Bellegarde, écarté comme gendre au profit de l’oncle qui apportait plus de biens ; elle avait ensuite tout fait pour le bannir de son cœur, lui interdisant visites et messages, ce en quoi il s’était montré parfaitement obéissant. Mais l’amour est le maître, et anéantit ses efforts pour reporter sur son époux des sentiments qui lui sont dus, et qu’il mérite. Elle termine en disant :

« Vous ne sauriez empêcher que Bellegarde ne soit encore du monde le plus aimé ». (p. 70)

Le marquis d’abord « pénétré d’une douleur inexprimable », mais, voyant bientôt que la situation est sans remède, il fait parler son amour, c’est‑à‑dire son abnégation. « Ne sachant conserver la qualité de mari quand elle est odieuse » à sa femme, il entreprend des démarches pour faire annuler leur mariage, mais la mort les prévient. Il tombe à Jarnac, ayant eu le temps de faire de son neveu son légataire universel « à condition qu’il épousât sa veuve ». Ces dispositions étonnent le jeune Baron, mais son oncle, dans un dernier souffle de vie les lui motive clairement, sans que le jeune homme puisse avoir le temps de « combattre avec lui de sacrifices et de générosité ».

La jeune veuve n’avait aucune connaissance du testament : « le nouveau marquis, jaloux qu’un autre eût apporté cette nouvelle, avait défendu qu’on la publiât ». On imagine l’émotion avec laquelle elle l’apprend, mais la joie est de courte durée. Les héritiers du marquis, secondés d’ailleurs par le père de la marquise, « délicat sur le point d’honneur », attaquent ce testament, « accusent la jeune femme d’avoir fait tuer son mari par ses domestiques », et « envoient en Cour de Rome traverser la dispense » nécessaire. Les deux amants, à leur corps défendant, et surtout en raison de l’insistance passionnée du jeune Bellegarde, se résolvent à fuir en Savoie, sous la protection du Duc, en espérant « que les Evêques de Piémont seraient plus traitables que ceux du Guyenne ». Ils le furent, et

« les premiers jours de ce mariage comblèrent ces amants de tant de félicité qu’ils en étaient comme enivrés… ». (p. 82)

Mais il faut redescendre sur terre, où la reine‑Mère, influencée par Dugua qui nourrit une vieille rancune à l’égard de Bellegarde, fait « grand bruit des doutes » qu’elle conçoit au sujet du testament et oblige le Roi à se déclarer contre le marquis, qui doit « donner sa charge » et ne plus reparaître à la Cour.

« Cette disgrâce le désespérait et la marquise, loin d’avoir quelque complaisance pour ses chagrins et de prendre avec lui le caractère d’une femme prudente et soumise, voulait conserver celui d’une maîtresse délicate et lui faisait un crime de la moindre rêverie ». (p. 84)

Les jalousies imaginaires et opiniâtres de son épouse, qui va jusqu’à lui faire des scènes publiques, font fuir le marquis qui cherche fortune du côté de la Savoie. Se sachant insupportable à son mari, Mme de Bellegarde sent que le meilleur moyen de l’atteindre est de rendre leurs liens éternels. N’écoutant que sa haine, elle se rend près de la Reine, y joue la comédie de l’épouse bafouée mais éperdument fidèle et la prie, afin de rétablir l’entente dans le couple provisoirement désuni, d’insister à Rome pour l’obtention de la dispense. De son côté, elle manifestera sa reconnaissance à la souveraine en surveillant de près les agissements de son époux, qu’il importe de « protéger contre lui‑même ».

Elle fait si bien qu’elle intercepte une lettre compromettante du marquis, où la Reine‑Mère était malmenée et considérée comme un obstacle à la paix entre les sujets du Roi de France.

Catherine convoque le marquis à Lyon, où se trouvait la Cour, sous couleur de lui remettre les insignes de Maréchal, ancienne promesse de son fils dont elle tenait à honneur de s’acquitter. Puis

« elle lui représenta le tort qu’il se faisait en traitant avec tant d’ingratitude une personne de mérite et de naissance... ; qu’il était encore en son pouvoir de se faire raccommoder avec elle, mais que s’il ne prenait ce parti, elle l’avertissait que les bons Rois ne peuvent refuser justice à l’innocence opprimée. » (p.96)

Le nouveau Maréchal voit aussitôt d’où part le coup.

Il n’y a d’autre parade que de tenter de discréditer la marquise ; aussi venant à s’apercevoir que Bussy d’Amboise est charmé par la beauté, d’ailleurs célèbre, de sa femme, décide‑t‑il de s’entremettre en secret pour le rendre heureux. D’une part il lui vante les attraits de Mme de Bellegarde « mille fois plus belle en déshabillé que parée » et de l’autre il gagne une vieille servante chargée d’abord d’inciter sa maîtresse à se venger de son mari par une aventure, puis de transmettre les lettres de Bussy en y faisant des réponses encourageantes. Peine perdue ; la vertu de la marquise est à toute épreuve, et Bussy réclame bientôt le salaire de tant de soins. Pour brusquer les choses, car il apprend que la dispense redoutée est sur le point d’être accordée, le Maréchal avise une Piémontaise qui ressemblait à son épouse et qui « pouvait dans l’obscurité, faire l’erreur d’un rendez‑vous ». Mais il commet l’imprudence de communiquer avec elle par écrit, et un billet qui indique le lieu de l’assignation est remis par erreur à la marquise, leurs laquais portant la même livrée. Elle en fait son profit, et décide de se substituer à la docile exécutante retenue par son mari. Celle‑ci, arrivant au rendez‑vous, y aperçoit la marquise, et en avertit Bellegarde qui, au lieu d’imaginer la vérité prend ses désirs pour des réalités et croit sottement « que l’amour rendait la fausse assignation véritable ».

« Il courut faire le personnage que depuis longtemps il avait envie de jouer ». (p. 117)

On devine la suite ; il assiste à un entretien accablant pour le malheureux Bussy qui mesure, devant la dignité sévère de Mme de Bellegarde, à quel point on l’a trompé. Mais le mari, de plus en plus aveugle, s’imagine que l’entretien n’a dévié parce qu’on a perçu sa présence : il bondit hors de sa cachette ainsi que l’ami dont il avait cru bon de se faire accompagner, et achève ainsi de se ridiculiser. Il est en butte non seulement aux railleries de la Cour, mais à la fureur de Bussy qui ne songe qu’à en découdre. Plus rien d’autre à faire que de gagner la Savoie, où le duc n’attend que ses services pour « surprendre » le marquisat de Saluces.


Troisième Partie[4]

 

Après l’assassinat du duc de Guise et de son frère à Blois, Givry, de la maison d’Anglure, choisit le parti du Roi malgré la reconnaissance et l’intimité qui le lient à cette illustre famille. La Cour étant à Tours, avant le déclenchement des opérations sur Paris, une jeune veuve, Mme de Maugiron, se sent « prévenue d’une violente inclination » en faveur de ce jeune Seigneur, aux dons aussi variés que prestigieux. Elle plaît aussi à Givry qui, dans tous ses déplacements, porte avec lui les lettres de sa bien‑aimée. Sa cassette est un jour saisie par un parti des troupes de la Ligue mais le duc de Mayenne la lui fait courtoisement rapporter. En l’ouvrant, il la trouve enrichie de maximes en vers qui chantaient, avec subtilité et pénétration, une manière d’aimer tout opposée à la délicatesse un peu sophistiquée de Mme de Maugiron. Très excité par cette lecture, Givry n’a de cesse d’en découvrir l’auteur, « se représentant déjà le bonheur d’un homme qui touche un cœur de ce caractère ». Comme il ne cache rien à son ami le futur duc de Bellegarde (neveu du précédent), il lui communique les vers, dont celui‑ci reconnaît aussitôt l’écriture celle de Mlle de Guise ! Givry est bouleversé et conçoit brutalement un espoir insensé, où l’ambition d’être aimé d’une grande Princesse tient autant de place que l’émotion amoureuse.

Sur ces entrefaites, l’armée royale fait un prisonnier de marque, le Baron de Vins. Aussitôt, négligeant déjà sa maîtresse, l’ancien ami des Guises court l’entretenir pour lui demander des nouvelles des enfants du duc. Il se fait confirmer les suppositions de Bellegarde, que le Baron assortit d’arguments personnels propres à détacher Givry de la cause royale.

Autant ces derniers restent sans effet, autant la perspective de plaire à Mlle de Guise, malgré les conseils de sagesse que lui prodigue son ami, enflamme le cœur du jeune héros.

Mme de Maugiron ne s’aperçoit du malheur qui la menace que lors des adieux qui précèdent le départ des troupes : son amant ne lui parle que de guerre Ses derniers mots ne sont d’ailleurs pas pour elle, mais pour le Baron de Vins, qu’il charge d’un message pour Mlle de Guise : qu’elle sache que « le devoir qui le retient près du Roi n’est pas une légère chaîne pour son cœur » : si elle pouvait y lire, elle y verrait « plus de respect et plus de zèle pour elle que les troupes de la Ligue y verront d’apparences contraires ».

La campagne s’ouvre, marquée par d’éclatantes victoires qui valent à Givry le grade de Grand Maître de la cavalerie. Il arrive au pont de Samois qu’il défend contre les Ligueurs s’efforçant de faire entrer du blé dans Paris assiégé. Mais un jour, l’un des convois se trouve conduit par l’un des principaux officiers de la maison du feu duc de Guise. Il reconnaît le jeune officier et se scandalise que le même Givry qui autrefois reçut tant de marques de bonté de son Maître en affame présentement les enfants. Givry ne résiste pas à l’« idée » de Mlle de Guise privée de nourriture par sa faute et accorde un sauf‑conduit.

Cette irrégularité vient aux oreilles du Roi (Henri III), et il faut toute la diplomatie du Roi de Navarre pour sauver Givry de la colère du Prince. Mais Henri tombe sous les coups de Jacques Clément, le lendemain, et Givry est pour beaucoup dans le ralliement de la noblesse au nouveau Roi, sous les murs de Paris. Le monarque n’a rien à refuser à son favori et lui accorde une « permission ». Celui‑ci en profite pour se rendre dans la ville incognito, invitant à cette partie son ami Bellegarde. Voici nos « deux aventuriers » à l’Hôtel de Guise, rasant les murs, et assez heureux pour apprendre que celle qu’ils cherchent est au Palais des Tuileries ; ils y courent et la rencontrent dans le jardin. Tous deux sont frappés de sa beauté, n’osent d’abord la regarder que de loin, puis s’enhardissent au point de se faire remarquer. Elle envoie un gentilhomme demander

« qui étaient ces deux hommes si bien faits et d’une si haute apparence ».

Ils s’avancent alors hardiment et il s’établit un dialogue spirituel aux chatoyantes ambiguïtés. Mme de Guise arrive avec toutes les dames de la Ligue qui reconnaissent Givry et le remercient de son geste d’humanité. La jeune fille lui avoue alors qu’elle ne s’était pas trompée sur son identité,

« mais, ajouta‑t‑elle en se penchant contre son oreille, vous avez une amante si délicate que j’ai cru devoir user avec vous de beaucoup de précaution ». (p. 154)

Les deux jeunes gens restent en extase, et ont toutes les peines du monde à s’arracher du jardin pour retrouver le Quartier du Roi. Ils y apprennent avec joie que la trêve est signée. Le Roi, à qui Givry fait des confidences, l’autorise « à profiter à son gré des commodités de la trêve ». Il retourne donc le lendemain même à Paris ; la famille de Guise lui fait mille caresses et la jeune princesse va jusqu’à lui dire

« qu’il méritait une meilleure destinée que celle de faire le Chevalier errant d’une provinciale ». (p. 159)

Mais la trêve est rompue, et Givry « qui se flattait d’un doute », ne peut « s’éclaircir ». Les hostilités reprennent de plus belle car les assiégés ont reçu le secours du duc de Parme qui prend Lagny et Corbeil. Mais par une audacieux coup de main, le vaillant Cavalier reprend la ville, s’empare des bagages du duc, et adresse secrètement à Mlle de Guise les parfums qu’il y trouve. Surprise : ces présents sont refusés avec ce commentaire humiliant :

« les familiarités dont elle l’avait favorisé ne pouvaient empêcher qu’elle fût Mlle de Guise et qu’il demeurât toujours Givry ». (p. 163)

Il n’a pas le loisir de « savoir l’explication » de cette volte-face, car l’armée royale s’empare de Saint‑Quentin ; il s’échappe cependant des réjouissances publiques qui en marquent la prise pour tenter par tous les moyens de découvrir la cause de cette colère.

« Il prenait des prisonniers et, les renvoyant à la jeune princesse, il lui mandait par eux qu’il ne se soumettrait aux défenses qu’il avait reçues que quand elle lui aurait fait savoir par quel crime il les avait attirées ». (p. 164)

Mais les réponses se font de plus en plus dures, et tandis qu’il doit passer l’hiver dans ce douloureux état, il reçoit tous les jours des reproches de Mme de Maugiron, qui le menace de mille extravagances. La voyant sans cesse « plus prolixe et plus impétueuse », il lui mande « sincèrement qu’il n’avait plus d’amour pour elle » et la prie « d’oublier un ingrat qui n’était plus digne d’occuper son souvenir ». Hélas ! « Ces terribles lettres » n’attirent « que des protestations d’une constance à toute épreuve » !

Vient le printemps, occupé par le siège de Rouen, où Givry est dangereusement blessé, et comme il n’a pas envie de guérir, le Roi s’inquiète et obtient de savoir les raisons de son mal. Pour lui être agréable, le monarque rend sa liberté à un prisonnier allié aux Guises « à condition qu’il saurait de cette Princesse en quoi Givry lui avait déplu ». La réponse arrive : Mlle de Guise se plaignait d’une lettre signée de lui « où il lui tenait des propos d’amour ». Le blessé est aussi étonné que réconforté, car il espère dissiper le malentendu. Il se rétablit, mais c’est pour devoir céder Rouen au duc de Parme, malgré des prodiges de vaillance et d’endurance de la part des Royaux.


Quatrième Partie

 

Les troupes étant provisoirement rentrées dans leurs quartiers, Givry gagne son gouvernement de Brie et apprend que la duchesse de Guise a sollicité le passage pour se rendre au chevet de sa belle‑mère, la duchesse de Nemours, sa fille est du voyage. Cette occasion providentielle permet à Givry d’apprendre que Mlle de Guise s’est offensée d’une lettre qui a été écrite par Bellegarde, dont il reconnaît formellement l’écriture. Tandis que Mlle de Guise rêve à cette « singulière action » du Grand Ecuyer et cherche à « démêler ses intentions » (avait‑il voulu parler pour son ami ou sonder son cœur ?), Givry se hâte d’aller lui exprimer sa déception et son amertume, mais Bellegarde est assez adroit pour le convaincre qu’il n’a fait que lui rendre service par ce moyen.

Cependant, Mme de Maugiron ne reste pas inactive. A force de faire espionner son amant, elle réussit à découvrir l’objet de sa passion, et, décidée à la traverser, elle s’est insinuée dans l’intimité de la duchesse de Nemours, qu’elle ne quitte plus. C’est ainsi qu’elle peut un jour surprendre une conversation entre Mlle de Guise et sa suivante La Mothe, d’où il ressort que depuis longtemps, Bellegarde plaisait plus que Givry. Elle s’empresse alors d’aller informer le malheureux de cette découverte, mais sans maligne joie, car elle est maintenant plus émue de pitié pour lui que pour elle‑même.

Le désespoir du jeune homme est tel qu’il pense à quereller son rival, mais la prudence le retient. La paix lui permet de revoir Mlle de Guise, irritée de son insistance à se justifier ; il mesure alors à quel point Mme de Maugiron avait vu juste, mais ne peut hélas revenir à elle, tandis qu’elle‑même ne peut se « dégager ».

Givry se confie alors au Roi qui lui promet de lui donner tant d’occasions de servir la famille de Guise qu’il finira bien par l’emporter sur Bellegarde dans le cœur de la jeune fille. Mais ce dernier, nouvellement promu duc, les lui dispute âprement, et Mlle de Guise ayant été alertée par une de leurs querelles, c’est Givry qu’elle rend responsable du différend. A nouveau désespéré, il tente, avec l’appui du Roi, de l’approcher en des occasions solennelles comme peuvent en fournir les heures historiques que vit alors la capitale, mais il se rend d’autant plus importun que Mlle de Guise « avait assez d’ambition pour porter ses pensées jusques au trône ».

Alors que les opérations militaires reprennent en Lorraine contre le duc de Mayenne, le Roi offre à son favori une ultime occasion de tenter sa chance ; il le charge de transmettre à la famille de Guise ses dernières propositions d’accommodement. Ce message urgent est porté à l’Hôtel de Guise un matin, alors que seule la princesse s’y trouve, et encore sur son lit. Givry remet son message, mais, ivre d’amour, se laisse aller à baiser la main de sa « divinité visible » ; il « aurait même porté son audace plus loin », si elle ne l’avait impérieusement repoussé.

Le malheureux sort tel un automate, puis se promène dans le jardin « comme un homme forcené ». Il est pris en pitié par La Mothe qui le ramène auprès de Mme de Guise et de Mme de Nemours, afin qu’il achève sa mission. Cet effort héroïque de « contrainte » rend « sa fureur plus violente ». Retrouvant les troupes royales campées devant Laon, et « sachant que cette occasion y serait chaude », il décide de s’exposer assez pour trouver la mort au plus vite, non sans écrire à Mlle de Guise une lettre restée célèbre mais qui ne parvint pas à destination. Aux premiers engagements, il est mortellement blessé, et le Roi, qui avait pu « tirer de sa bouche l’aveu de son désespoir », « s’en plaignit douloureusement à Mlle de Guise ». « Elle ne fit que sourire des reproches du Roi » et « tâcha même à lui faire connaître qu’il avait quelque part aux cruautés qu’il blâmait ». Ainsi fut effacé « le souvenir du mort », sauf dans le cœur de Mme de Maugiron « qui tomba dans une langueur qui ne finit qu’avec sa vie ».



[1] Éd. Barbin, t. I, pp. I‑204.

[2] pp. 1‑62. La nouvelle comprend 3 Maximes en vers et 2 Lettres.

[3] pp. 63‑120. La nouvelle comprend 2 Maximes en vers.

[4] pp. 120‑170. La 3e et la 4e partie ne forment qu’une nouvelle qui comporte 4 maximes en vers et 3 lettres, dont l’une est authentique (lettre de Givry à Mlle de Guise, p. 211)


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mise à jour le 5 janvier 2014


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