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Les Galanteries grenadines (1672-1673)

 



Résumé (pdf) des Galanteries grenadines dans l'encadré
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LES GALANTERIES GRENADINES[1]

 

Le Prince Muça, fils naturel du Roi Mulay Hassen se rend, au sortir d’un tournoi, à une entrevue secrète avec Don Rodrigue, Grand Maître de Calatrava, mais il trouve en sa place Manuel Ponce de Léon, « unique reste de la Royale Maison de Xérique », marquis de Calis, qui lui explique les raisons de sa présence.

 

Histoire du Marquis de Calis et de la Princesse Moraysèle.

Lors de tournois organisés à Grenade pour les noces du Roi Mulay et de la belle Zoraïre, on « voulut que tous les Chevaliers espagnols qui se présenteraient aux barrières fussent également reçus », et c’est l’un deux, le Prince de Léon justement, qui remporte le prix d’adresse : un bracelet de pierreries qui lui est remis par la Princesse Moraysèle. Elle touche le cœur du marquis, qui n’en dit rien à personne, pas même à son ami Don Rodrigue, qu’il croit, en raison de son austère « sagesse », incapable de le comprendre. Un jour qu’il se trouve « retiré » dans un château voisin de la frontière grenadine, il est abordé par un esclave chargé de lui remettre, au nom d’une Princesse Moraysèle, « du sang royal de Maroc », une écharpe magnifique. Transporté, le marquis insiste pour aller en personne remercier la donatrice ; il n’y a d’autre moyen que de s’introduire « comme un jeune esclave qui cherche à s’engager ». Mais la Princesse à laquelle il est présenté n’est pas celle qu’il aime, c’est une cousine, veuve du Prince Morayme et qui porte le même nom de Moraysèle Le marquis doit « feindre » quelque temps par prudence et par reconnaissance ; mais bientôt apparaît celle qu’il attend, venue rendre visite à sa parente. Elle s’intéresse à ce nouvel esclave qui parle si bien la langue espagnole qu’elle est occupée à apprendre. Elle l’engage. Manuel est assez heureux pour pouvoir la contempler à loisir, et même la garantir de la rage d’un sanglier. Mais dans le feu de l’action, il perd le précieux bracelet, qui est ramassé par un esclave et remis au Roi. Celui‑ci le reconnaît et le rend à Moraysèle, fort surprise que le bijou ait pu s’égarer. Le faux serviteur ne peut s’empêcher de dire qu’il lui appartient : c’est dit‑il le Prince de Léon lui‑même qui le lui a donné en reconnaissance d’un très grand service. Blessée, Moraysèle décide de faire payer du sang du Prince un procédé si injurieux. Manuel se fait alors reconnaître et offre sa vie à sa maîtresse. Tout éperdue, elle lui enjoint de quitter Grenade au plus vite, tant pour satisfaire la plus élémentaire prudence que sa « gloire » de femme. Mais Manuel demande en grâce quelques jours de délai, et les obtient. Durant ce laps de temps, il doit se défendre de la jalousie de la veuve de Morayme et il assiste, dans une cour de l’Alhambra, à une conversation clandestine entre le Prince Muça, son présent interlocuteur, et Don Rodrigue. Il entend le Prince lui dire :

« de partir de Grenade en diligence ; que les Abencérages avaient découvert qu’il y était ; que la Reine Zoraïre répondait de l’obéissance de la Princesse, et qu’en un mot, il ne fallait pas, pour une délicatesse superflue, hasarder le succès d’une si grande entreprise ». (p. 469)

Au même moment, Don Rodrigue se trouve assailli par des Abencérages apostés là par le Prince Abdily, il réchappe de justesse, secondé par le faux esclave qui se fait reconnaître, et rentre en Espagne avec son ami. Le Prince de Léon explique son insolite présence à Grenade ; de son côté le Grand Maître ne lui cache pas qu’il prépare la guerre afin d’obtenir la même Moraysèle. Mais convaincu que Manuel est un rival aimé il lui cède généreusement sa place à la tête des troupes qui vont attaquer la ville.

L’opération ne se déroule pas suivant les prévisions. La porte d’Elvire n’est livrée par la Reine qu’après que les Abencérages s’en sont emparés et ont mis l’Infant Abdily sur le trône. Il s’unit aussitôt à Moraysèle, qui fait savoir au marquis de Calis qu’elle n’a consenti à épouser l’usurpateur qu’à cause des infidélités dont elle est victime.

Le Prince Muça a écouté le récit avec bienveillance, suppose que ce revirement brutal de la Princesse est dû aux agissements de la veuve de Morayme, et promet au marquis son appui.

Le nouveau Roi de Grenade organise des tournois « afin d’unir des Chevaliers des diverses factions ». Ils s’achèvent par une fête nocturne dans les jardins du Généralife ; à la faveur de l’obscurité, des couples se forment ; la seule Galiane reste sans cavalier, déchirant les chiffres de l’aimé, le Prince Sarrazin, qui ne la recherche pas, alors qu’Abenamar qui l’aime n’ose approcher, sachant qu’il n’est pas favorisé ; par vengeance, il vient d’attribuer à Fatime le prix de beauté, mais ce geste le rend encore plus mélancolique. Tandis que les fêtes continuent et que l’on soupe encore à l’aube, (description pp. 481‑484), il se confie à son ami le Malique Alabez, qui lui conseille de jouer l’indifférent. Pour le convaincre de l’excellence du remède, il propose son expérience.

 

Histoire du Malique Alabez et de Cohayde.

Le cousin du narrateur, le Gouverneur de Vère, était ardemment aimé de Cohayde, mais en retour ne lui manifestait guère que des tiédeurs. Il croit même faire preuve d’une sincérité de bon aloi en lui déclarant tout uniment qu’il « ne peut l’aimer de l’amour qu’elle mérite ». Scandalisé de cette extravagance, Alabez sent naître en lui l’envie de capter à son profit ce cœur injustement méprisé. Il déploie présents, soins, compliments mais ne « s’attire que des civilités indifférentes » ; aussi, dans sa surprise, prie‑t‑il sa nièce Darache, amie de la jeune fille, de s’informer des raisons de cet étrange échec.

« J’aime, répond‑elle, à voir un amant combattre ses propres désirs, défendre longtemps sa liberté… Les grands mots ne me persuadent point… et s’il faut tout vous dire, j’aime mieux compter sur de la tiédeur et trouver un peu d’amour, que d’avoir compté sur une ardente passion et la trouver moindre ». (p. 494)

Darache conseille à son oncle de « flatter » ce caprice de femme, en feignant de « prendre le caractère qu’on (lui) souhaite ». Il évite donc Cohayde, se retire après de brefs entretiens sous prétexte « d’affaires », et la jeune fille, dépitée, fait à son amie des confidences qui réjouissent Alabez. Elle est même si déçue qu’elle ne peut s’empêcher de lui faire des reproches, auxquels le Malique répond qu’il ne fait qu’obéir aux goûts qu’elle montrait jusqu’ici. Il s’attire cette réponse :

« Il faut persuader qu’on dit vrai et non pas cesser de dire… »

Alabez ne sait feindre plus longtemps et se jette aux pieds de sa maîtresse. On n’attend plus, pour célébrer leur union, que la fin d’un deuil, celui du malheureux cousin, devenu jaloux, mais emporté par la mort dans un récent engagement. (pp. 486‑499)

D’autres couples éprouvent dans leur cœur semblables vicissitudes, Muça et Zélime, par exemple, qui s’aimaient jusque là par effet de « sympathie ». Tandis qu’ils sont sur le point de s’épouser, le Roi Abdily, déjà lassé de Moraysèle, jette les yeux sur Zélime et s’explique au moyen de devises allégoriques et d’arguments de Ballets. Muça déchiffre sans peine ces déclarations ingénieuses et fait part de sa jalousie à sa fiancée.

« Vous voulez des preuves éclatantes de fidélité, vous en aurez » lui répond‑elle. Elle repousse donc avec hauteur les avances du Roi qui, blessé, invoque en sa faveur les lois et la contrainte. Dès lors Muça n’hésite plus à servir le marquis de Calis qui venait justement d’implorer son secours devant l’inexplicable comportement de Moraysèle. Il se rend auprès de la Reine lors d’une chasse, lui rappelle le souvenir de celui qu’elle aima et ajoute :

« Le Prince de Léon est aux portes de Grenade, résolu de se les faire ouvrir les armes à la main si vous n’avez la bonté de le faire introduire par une autre voie. Il sait ce qu’il doit au rang que vous tenez et serait mort sans vous y troubler si vous n’aviez joint à la cruauté de trahir ses espérances celle de l’accuser de ses propres maux. Il faut qu’il se justifie, ou publiquement, ou en particulier. Parlez, Madame, s’il vous plaît, lequel de ces deux partis voulez‑vous lui faire prendre ?

– Aucun, répartit fièrement la Reine… Qu’il aille dans une autre partie du monde exercer ses ruses et ses trahisons ». (p. 507)

La Reine le quitte, car le cerf étant venu à passer par cet endroit, elle est obligée, « par bienséance », de le poursuivre avec le reste de la compagnie. Après la chasse, le Malique régale les assistants de la lecture d’un Journal sentimental, celui de l’inconstant Gazul qui l’avait égaré. On le prie d’achever oralement ce que par discrétion le texte écrit n’avait pu que suggérer. (pp. 499‑517)

 

Histoire de la Princesse de Fez et de Gazul.

Envoyé à Fez par le roi de Grenade pour négocier une alliance militaire, Gazul trouve une Cour « tourmentée de troubles domestiques ». La Reine veut obliger Zaïde, fille d’un premier lit du Roi, à épouser son fils le Prince Molabut, fruit d’une union antérieure. La Princesse s’y refuse. L’ambassadeur croit habile de se déclarer d’abord pour la Reine, ne serait‑ce qu’afin d’aborder plus aisément sa favorite Alasire, qu’il courtise. Mais Zaïde entreprend adroitement de le faire changer de camp, imaginant mille procédés ingénieux pour capter l’attention du galant. Celui‑ci ne demeure pas en reste, saisit toujours la balle au bond et répond à ces avances hardiment. Ainsi lors d’une conversation générale sur la disgrâce d’Ovide, prêche‑t‑il une morale qui semble autoriser la résistance de Zaïde à la Reine. Mais pour mieux « avancer ses affaires », Gazul prend soin d’éviter la Princesse qui ne tarde pas, comme prévu, à s’en étonner. Leur conversation, de caractère intime, est interrompue par l’arrivée du Prince Molabut, mais Zaïde, avec une remarquable présence d’esprit, enchaîne sur un autre sujet, où son souple interlocuteur ne manque pas de la suivre. Elle trouve même le moyen de prolonger leur entretien par un commerce de vers. Gazul se montre de plus en plus entreprenant, grisé qu’il est par une telle bonne fortune : il fait savoir que, pour pousser plus avant, il n’attend plus qu’un commandement. Il vient, dans une boîte contenant les billets d’une loterie organisée par la Reine. Le Chevalier est invité à se rendre sous le balcon bas d’une rue écartée. Il obéit, mais à peine avait‑il pu, en grimpant, baiser la main de sa belle, qu’il est attaqué dans son dos : un officier du Roi avait su que le portrait de sa maîtresse, fille d’honneur de la Princesse, et nommée Almanzaïre, était échu à Gazul lors du tirage de la « blanque » ; il en avait conçu une furieuse jalousie contre le bénéficiaire, et venait la lui manifester. Les deux combattants sont blessés, et Almanzaïre est enfermée. Galamment, le gentilhomme grenadin fait parvenir des lettres de sympathie à la pauvre victime… qui s’enflamme ! Gazul fait l’aimable, mais ne peut feindre longtemps. Pour se venger de ce mépris, la jeune fille annonce qu’elle va parler. Ses révélations, qui mettent en cause la Princesse, ont pour effet de faire garder Zaïde dans son appartement. Une nuit cependant, elle a la hardiesse d’y faire entrer Gazul sous un déguisement, et se présente à lui pleine de charmes, partagée entre la honte et une tendre pitié. Mais il ne s’agit que d’un adieu assorti d’une justification :

« Je me laisse quelque fois persuader que les premières intentions du ciel n’ont mis aucun degré entre les hommes ; qu’on devrait être égal en dignité comme en qualité naturelle et cette imagination m’a dispensée en votre faveur des sévérités de mon rang. Mais je n’erre point sur la vertu comme sur les caprices de la fortune ». (p. 545)

Gazul rentre à Grenade, expulsé sous un honnête prétexte.

Il ne garde nulle amertume de cette prestigieuse aventure. (pp. 517‑575)


SECONDE PARTIE

 

Nous retrouvons le Prince de Léon aux abords de Grenade, accablé par la brutale réponse de la Reine Moraysèle. Enfoncé, tout songeur, en un bois profond, il entend une conversation entre deux hommes ; l’un d’eux, apparemment chargé d’épier la Reine, affirmait à l’autre, que Moraysèle avait dans le cœur un amour constant malgré de prétendues infidélités dont la veuve de Morayme lui avait troublé l’esprit ; mais le nom du Chevalier demeurait un mystère. Le Prince ne peut entendre le reste des propos tenus, car il veut séparer deux Cavaliers Maures dont seul l’un semble réellement animé au combat : une blessure l’empêchant de poursuivre, il s’assied, se bande et répond à l’invitation du Prince qui désire connaître l’origine de la querelle. Il fait plus : il l’établit juge du différend qui l’oppose à son ennemi, et le prie de bien vouloir les entendre l’un après l’autre.

 

Histoire d’Abenhamet, d’Abendaraez et de Zulemaïde.

Abendaraez, né pour l’amour, s’y est livré tout jeune, mais est devenu rebelle aux charmes féminins depuis qu’une « traîtresse » lui a « rendu son sexe odieux ». Beaucoup de dames, ne pouvant croire à cette misogynie, essaient en vain de le convertir. Il pousse même l’insolence jusqu’à de désobligeantes franchises, qui ont toutefois l’avantage de le « délivrer de quelques assauts ». Mais sa cousine Zulemaïde est plus « opiniâtre ». Il entreprend alors de lui prouver ses torts, en analysant chacune de ses aventures amoureuses. Mais l’équité l’oblige bientôt à reconnaître qu’elle n’est pas responsable des échecs dont les malveillants accusaient son inconstance, particulièrement en ce qui touche sa liaison avec Abenhamet.

Ce dernier présente une paresse qui paralyse les empressements les plus naturels. Lorsque

« quelques heures de promenade lui auraient donné le moyen de parler en particulier à sa maîtresse, il aimait mieux la voir obsédée de cinq ou six incommodes que de se résoudre à quitter une pile de carreaux où il se trouvait à son aise.

A cette paresse se joint une humeur contre‑disante, dont souvent sa maîtresse éprouve l’aigreur comme les gens indifférents ».

Peu à peu, l’opinion d’Abendaraez à l’égard des femmes se modifie et il tourne tout naturellement les yeux sur Zulemaïde qui l’honorait déjà de sa confidence. Pour faire mieux sa cour, il « tourne à son désavantage » tous les comportements d’Abenhamet : il fait passer sa retenue pour de l’indifférence, une légitime jalousie pour un emportement maladroit, sa dignité pour de l’imprudence. A chaque occasion, il met en évidence ce que lui, parfait amant, n’eût point manqué de faire. Abenhamet qui assistait un jour clandestinement à l’une de ces démonstrations, décide de mettre en pratique les maximes qu’il entend développer. Il ne témoigne donc aucun dépit en voyant sa maîtresse en conversations interminables avec son rival, malgré la rage qui le dévore. Mais Zulemaïde n’a pas conscience de ces efforts ; Abendaraez la touche davantage avec une larme ou un soupir ; elle va même jusqu’à lui offrir une écharpe sans qu’il l’ait demandée alors que lui, si éprouvé pourtant, n’a pu l’obtenir par les prières les plus instantes. C’en est trop. Abenhamet exige qu’on lui remette l’écharpe ou qu’on lui arrache la vie ; c’était là l’origine du combat qui venait d’avoir lieu. Le plaideur conclut en s’adressant au juge improvisé :

« Je ne doute point que vous ne le condamniez à me laisser un cœur sur lequel j’avais des droits avant qu’il eût songé à me le disputer »

– Ce cœur n’est ni dans la disposition de votre rival ni dans la mienne, répartit le Prince de Léon ; c’est à votre maîtresse à favoriser celui de vous deux qu’elle trouve le plus à son gré… Quand on se voit abandonné de ce qu’on aime, il faut, si on le peut, mourir de douleur et de jalousie, mais il ne faut en donner aucune marque qui puisse autoriser une ingrate à nous vouloir du mal ». (p. 575)

Le Prince obtient des deux rivaux qu’ils ne combattraient plus que par des « marques d’amour et par des services ». (pp. 554‑575)

Il reprend sa route et croise une troupe de Cavaliers espagnols encadrant une jeune musulmane. Abenhamet s’empresse de la défendre, aidé par les frères de la jeune fille, dont l’un est mortellement blessé.

Il reconnaît alors en elle Hache, fille de Zaïd‑Hamet, gouverneur du Fort de Ronde, qu’il avait autrefois aimée sans espoir et qu’il croyait mariée.

Au grand dépit de Zulemaïde, il la revoit avec émotion et la prie de l’informer de son sort.

 

Histoire de Hache.

Pour des raisons de politique, elle a été fiancée dès l’enfance à Gomèle, fils du vieil Abenaciz ; ce mariage doit sceller la réconciliation des deux familles jusque‑là ennemies. Hache est envoyée à la Cour de son futur beau‑père afin de s’habituer à sa nouvelle existence ; on la garde sévèrement, malgré l’avis du jeune fiancé qui, pour sa part, blâme la rigidité des usages. Les deux jeunes gens s’amusent à dresser des « Articles de liberté » (pp. 590‑592) qui les garantissent des « tyrannies » des accordailles. Don Diègue, prisonnier espagnol en passe de rachat, prend part au jeu en faisant pour son compte l’essai du nouveau règlement ; il envoie un présent allégorique à la fille de Zaïd‑Hamet. Ce geste attire les foudres d’Abenaciz, qui fait « renfermer » sa future belle‑fille dans son appartement. Mais Don Diègue, qui rentre en Espagne, parvient jusqu’à elle pour lui proposer d’échapper à cette sinistre existence : il est prêt à l’emmener avec lui et à la confier à la Reine Isabelle. Hache refuse car c’est à Grenade qu’elle rêve d’aller.

Abenaciz a été informé de la visite de l’Espagnol ; il a hâte que le mariage s’accomplisse, mais comme Gomèle ne s’y prêtera qu’avec le plein consentement de sa fiancée, il exige qu’elle manifeste à son fils tous les empressements possibles :

« On me faisait des lois d’emportement comme on en fait de modestie au reste de mon sexe ». (p. 597)

C’est Gomèle lui‑même qui met fin à ce supplice en faisant évader la jeune fille et en lui conseillant d’implorer du Roi la rupture d’un traité qui l’enchaîne.

On conduit Hache à Grenade, et le Roi, qui l’a favorablement écoutée, la remet, à la Reine Moraysèle. (pp. 584‑602)

Le Prince de Léon poursuit sa route jusqu’à « un vallon ombragé de pins » où doit l’attendre Muça. Effectivement, celui‑ci est déjà au rendez‑vous, bien décidé à servir de son mieux le marquis de Calis :

« Il se faisait un malin plaisir d’ôter au jeune Roi le cœur de son épouse, comme ce Monarque voulait lui ôter celui de sa maîtresse ». (p. 603)

En arrivant à l’endroit convenu, il y aperçoit un jeune homme étendu sur le gazon qui chantait tristement ses remords amoureux. L’inconnu, qui apparaît comme « une femme travestie » ne se fait pas prier pour raconter ses malheurs, mais, dans l’adroit récit de ses amours, ne dévoile pas son sexe. On saura seulement qu’il a perdu ce qu’il aimait pour n’avoir pas su garder le secret de sa passion.

Mais voici venir le Prince de Léon, qui rapporte à Muça la mystérieuse conversation qu’il a surprise. Tous deux identifient assez vite l’espion de la Reine ; c’est un Zegri, Mohamad, qui veut intriguer pour renverser le nouveau Roi. Il ne faut pas tarder à pénétrer au Palais pour avertir Moraysèle.

Muça s’assure la complicité d’un Muphty, qui déguise le Prince en Saint de l’Islam, directeur de conscience. On attend de lui des consultations sur la base de « Questions » (pp. 617‑618) anonymes, auxquelles avec l’aide de l’expérimenté Muphty, il fait des « Réponses » appropriées aux penchants secrets de chaque « pénitente » (pp. 620‑625) Son confrère complète son instruction par l’histoire de Moraysèle, auteur anonyme d’une question sur le « mensonge utile » : elle a gâché toute sa vie sentimentale par le goût et l’habitude invétérée du mensonge : il ne faut pas espérer la guérir…

Le Prince de Léon s’inquiète de voir le Muphty si avant dans la confidence de son ennemie. Cette crainte est un fidèle pressentiment de malheurs futurs, que l’auteur réserve pour le tome suivant.



[1] Éd. Barbin t. IV, pp. 449‑633, l’ouvrage comporte 1 Billet, 16 Poésies, 1 Sonnet, 3 Devises.


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mise à jour le 28 octobre 2014


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