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Portrait des foiblesses humaines (1685)

 



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LE PORTRAIT DES FAIBLESSES HUMAINES[1]

 

Première Partie

 

EXEMPLE I.[2]

L’auteur, faisant référence à Tacite, met en présence deux femmes illustres, Livie, veuve d’Auguste et mère de Tibère, et Agrippine veuve de Germanicus et petite fille d’Auguste. La première regarde la seconde comme sa plus grande ennemie

« parce qu’elle voyait en elle des vertus qu’elle ne pouvait s’empêcher d’admirer ». (p. 216)

Agrippine notamment, en refusant avec son époux la dignité impériale, s’est mise au‑dessus d’une ambition à laquelle Livie a sacrifié toute sa vie ; elle en a retiré une popularité dont l’Impératrice est jalouse. Elle cherche donc une occasion de la lui faire perdre et la trouve dans les désirs de Séjean, qui jette insolemment les yeux sur la jeune Livie, sœur de Germanicus et épouse de Drusus. Elle ourdit un piège diabolique. Si Agrippine, « poussée par l’austérité de sa vertu, s’oppose aux désirs de Séjean, il peut tout sur l’esprit de l’Empereur » ; « si elle approuve le divorce de la sœur de Germanicus et du fils de César, et consent ensuite à voir cette princesse épouser Séjean, elle se perdra de réputation dans l’esprit de toutes les dames romaines ».

L’Impératrice flatte d’abord Séjean, afin d’aveugler son ambition ; puis, par de sa confidente Plancine, elle secoue la résignation de la maîtresse de Drusus, Plautie, à qui elle fait inspirer le désir de se faire épouser, puisque les soins que Séjean rend à la jeune Livie n’interdisent pas cette possibilité ; d’un autre côté, elle aigrit l’esprit de Livie contre son époux, en lui dévoilant « l’intrigue de cœur » qui le lie à Plautie. Ces germes de désordres se développent aussitôt et les bruits en parviennent jusqu’à Agrippine. Comme prévu, elle se scandalise et vient théâtralement faire des reproches à sa belle‑sœur, comptant pour rien les « mauvais traitements » que Livie reçoit de son époux, et prêchant la fidélité inconditionnelle.

L’Impératrice se sent naturellement visée par ce discours et accuse Agrippine de lèse‑Majesté. Elle fait placer auprès d’elle des gardes qui, loin de lui faire honneur « n’ont pour ordre que de l’observer ». La veuve de Germanicus ayant demandé audience à l’Empereur, elle achève de se perdre en lui tenant un discours moralisateur et hautain : ses « emportements » la conduisent droit en prison.

Cependant la jalousie de l’Impératrice n’est pas assouvie ; elle prend une autre direction et s’arrête sur Séjan, naguère instrument de sa vengeance. Elle s’avise de l’indécence du mariage auquel il ose prétendre et va le faire valoir à l’Empereur, retiré à Capri ; mais celui‑ci, dont la vie vient d’être sauvée par son favori, n’est guère disposé à la sévérité ; elle use alors d’un argument qu’elle sait vigoureux : son fils n’est plus Empereur que de nom ! Elle va ensuite réchauffer la haine d’Apicata, la femme répudiée de Séjan, qui ne doit ce traitement qu’au désir du favori de s’ouvrir un chemin jusqu’à Livie. La mort, sans doute suspecte, de Drusus, avance ses desseins, car l’Impératrice, grâce aux intelligences dont elle dispose au Sénat, fait condamner Séjan comme auteur du crime.

L’« exemple » est assorti d’un commentaire moral qui met en lumière les trois types de « faiblesses humaines » : la jalousie féminine, et qui n’est pas seulement amoureuse, en la personne de Livie, l’orgueil de la vertu, autre « passion », dans le cas d’Agrippine, et délirante à propos de Séjan.

 

EXEMPLE II.[3]

Périclès, en « surprenant » Milet s’empare de tous les trésors du tyran Thrasybule, et parmi eux de sa belle Dionée. Mais il ne borne pas la « faiblesse de son âme » à « quelques désirs amoureux » ; « au mépris de sa gloire et de sa raison », il va jusqu’à l’épouser secrètement après l’avoir ramenée à Athènes. La vie retirée qu’elle y mène fait oublier qu’elle avait été une courtisane.

Vers le même temps, Alcibiade revient de l’armée avec son maître Socrate, mais celui‑ci craint, avec le retour à la vie civile, l’offensive sournoise des plaisirs ; aussi tâche‑t‑il à développer l’ambition chez son disciple préféré. Périclès inversement voudrait le voir attiré par les femmes plus que par la politique. Les charmes de Dionée ne pourraient‑ils pas retenir ce rival dangereux ? Mais l’épouse « délicate » repousse pareille proposition. Une rencontre improvisée, pense Périclès, produira peut‑être le même effet. Il charge un ami commun, Timée, de l’organiser. Mis en présence de Dionée, Alcibiade reconnaît en elle la Targélie qu’il avait autrefois aimée à Milet, puis oubliée ; cependant, parée maintenant de la considération générale, elle lui paraît gibier de choix. Les deux amants se retrouvent avec joie, après les galanteries d’usage, mais décident incontinent de cacher leur raccommodement sous une apparente antipathie, de sorte que Périclès, qui s’applaudissait déjà du succès de son ingéniosité, doit bientôt déchanter : il n’a pas d’adversaire politique plus déterminé qu’Alcibiade. On le voit bien quand le Sénat oblige le grand homme d’Athènes à dédommager, sur sa fortune personnelle, la Cité appauvrie par sa mégalomanie. En réalité, tandis que Périclès reproche à Dionée de n’avoir pas voulu plaire, Alcibiade « exposait tous les jours sa vie » pour un moment de son entretien, car elle est gardée sévèrement. Ces extravagances viennent aux oreilles de Socrate, qui se rend chez Périclès pour lui demander de remettre à la Cité cette prisonnière d’Etat : il révèle que cette Dionée est la célèbre Aspasie, jadis maîtresse d’un Roi d’Etrurie, et qu’en souvenir de ses amours anciennes, elle empêche Périclès de signer un traité d’alliance avec les Lacédémoniens, ennemis de ce Roi.

Furieux de cette intrusion dans sa vie privée, l’époux secret de Dionée renvoie Socrate et répand le bruit que le Philosophe n’a pu résister au charme de la belle Milésienne. Alcibiade, excédé, s’exile pour dix ans, pendant lesquels meurent Périclès et Socrate. Les Lacédémoniens prennent ensuite les armes « pour se venger des injures qui leur avaient été faites », mais en réalité à cause des « faiblesses dont Aspasie avait rendu tant d’hommes capables », et la guerre attirera des malheurs « sur un million d’innocents ».

 

EXEMPLE III.[4]

Euristion, Roi de Sparte a deux fils : l’aîné, Polyclète qui doit régner après lui, et Lycurgue, le cadet, adonné dès l’enfance à la philosophie, et auteur de lois qui font le bonheur de sa patrie. Avant de mourir, le monarque veut marier ses fils : pour l’aîné, il fait choix de Cléonice, fille d’Evandre, chef d’une faction redoutable, de sorte que cette union assurera la paix de la cité ; pour le cadet, il arrête Argélie, fille de son ami Codrus, et dont l’éducation a été particulièrement soignée. « Les choses, ayant été ainsi disposées dans le cabinet, Euristion trouva qu’il était à propos de les exécuter », mais « le caprice des Astres » se joue de ses projets.

Polyclète commence par refuser le mariage, alléguant son extrême jeunesse, puis il finit par avouer que la couronne même lui est odieuse, s’il ne peut la partager avec Argélie, pourtant destinée à son frère. Euristion vante alors à son fils les charmes du pouvoir, mais sans succès. Les surprises du père ne s’arrêtent pas là. Lycurgue à son tour méprise le sceptre que lui tend son frère, et entend bien rester fidèle à Argélie dont il est aimé. Le Roi fait honte à ce fils philosophe de livrer ainsi son cœur à l’amour, au mépris d’engagements politiques et d’intérêts supérieurs qui imposent qu’on donne une couronne à la fille d’Evandre. Argélie soutient les mêmes principes que son fiancé, malgré les insinuations de sa gouvernante, à la solde du Roi, qui tâche, mais vainement, à lui persuader qu’un philosophe est un piètre galant.

La victime, pour l’instant, c’est Polyclète qui perd un trône sans gagner pour autant la femme qu’il aime. Il entre en dissension et forme « un quatrième parti ». Devant tant de désordres, le Roi ne voit d’autre solution que de faire enlever Argélie, cause de tous ces troubles, espérant que privés de sa « vue », ses amants reviendront à la raison.

La mort dans l’âme, Lycurgue quitte Sparte, et s’en va « visiter, inconnu, les principales villes de la Grèce ». A Candie, il trouve Thalès de Milet, qui avait fui la tyrannie de Thrasybule. Le sage opte pour une morale réaliste : « plus on fait d’efforts pour surmonter une passion, dit‑il, plus on lui donne de puissance », et Thalès propose de partir pour Sparte y « adoucir la sévérité » d’Euristion. Le Milésien s’embarque et, arrivant à destination, trouve une capitale en fête. On y célèbre deux mariages : celui du Roi avec Cléonice, ainsi assurée de la couronne qu’elle convoitait, et celui de Polyclète et d’Argélie, Argélie qui, en raison « de la fragilité ordinaire du sexe », s’était laissé persuader de l’infidélité de son amant, parti au loin, et des risques qu’elle courait à heurter de front la puissance royale. Une lettre de Thalès apprend à Lycurgue ces tristes nouvelles ; il la reçoit à Athènes et Socrate l’aide à tirer leçon de ses malheurs. Thalès, le faux prophète, l’a abusé :

« La faiblesse humaine prend toutes les formes ... Ce n’est qu’en devenant son propre vainqueur que le sage peut jouir d’une félicité parfaite ». (p. 298)

Socrate « fit tirer tant de profit à Lycurgue de ces révolutions des choses du monde que sa faiblesse devint depuis le principal motif de toute sa force ».

 

EXEMPLE IV.[5]

Les « troubles intérieurs » qui marquent parfois la destinée des grands hommes n’ont pas toujours leur source dans l’amour. C’est l’excès de confiance en son propre jugement qui a gâché la vie privée de Paul‑Emile.

Le futur vainqueur de Persée grandit, ainsi que sa sœur Emilie, dans le culte de leur père tombé à Cannes. Les deux jeunes gens se marient le même jour : Emilie épouse Scipion le Grand et Paulus la fille de Fabius Maximus, Papiria. Alors que la première union est une réussite totale, la seconde ne produit que « désordres et mésintelligence ». La vertu de l’époux « fut contrainte de céder à la mauvaise humeur » de l’épouse. L’« opposition d’inclinations » se manifestait « jusque dans l’apprêt des viandes les plus communes » et s’étendait aux « choses plus essentielles » : « magnificence » de l’un et « avarice » de l’autre, « enjouement » de Paulus en privé, « mélancolie » de Papiria « pour qui la joie passait pour dérèglement d’esprit ». Bientôt Paul‑Emile, sa propre maison lui étant « devenue une vraie prison », décide de répudier publiquement sa femme.

Son beau‑père Fabius, qui l’aime profondément, lui remontre les dangers de ce geste :

« Vous aimez mieux, lui dit‑il..., laisser douter la postérité si vos enfants sont légitimes que de montrer un peu de force d’esprit dans une occasion où mille gens qui ne vous égalent pas en fermeté en témoignent ? » (p. 311)

Paul‑Emile « se raccommode » pour un temps avec sa femme, mais « comme nous portons toujours notre tempérament avec nous », il se sépare bientôt d’elle définitivement. Il ne songe qu’à quitter Rome, et obtient un commandement contre Persée. Sa conduite trop humaine à l’égard des Macédoniens, qu’il avait ordre de châtier durement, le fait rappeler à Rome, et comme Papiria est morte en son absence, il songe à se remarier.

« Ce fut en cette occasion, bien mieux que dans les troubles de son premier mariage, que la faiblesse fut véritablement triomphante ». (p. 314)

Il arrête son choix sur Servilie :

« qui avait été répudiée par Lucius Aniclus préteur romain et dont la conduite n’était pas approuvée » (p. 315)

Le premier à s’étonner, c’est ce Lucius, ami de longue date ; il lui propose plusieurs partis enviables et dignes de lui à tous égards, mais Paulus les refuse tous : l’une est trop sage, et il est d’avance exaspéré de son humeur contredisante et de sa vertu prêcheuse ; l’autre est trop riche, et se plaindra qu’on fait des libéralités à ses dépens ; une troisième est trop jeune et trop belle : peut‑on lui imposer un mari qui sera bientôt vieux ? Décidément, c’est Servilie qu’il veut : elle est silencieuse et admet la contradiction. Malgré les railleries de Rome qui méprise son peu de « délicatesse », Paulus épouse Servilie.

Mais la guerre contre Persée prenant un tour défavorable aux Romains, les soldats réclament leur ancien chef, qui, d’un coup de main génial, s’empare de toutes les richesses du Roi. L’auteur décrit le triomphe du général d’après Plutarque. Pendant ce temps, tout va à l’envers à son foyer : la maîtresse de maison court le jeu, les spectacles et les promenades, laissant le soin des enfants à des domestiques qui l’imitent : des deux fils du vainqueur, l’un se noie dans un seau d’eau, l’autre est étouffé par sa nourrice, mais Servilie est indifférente à ces malheurs ; elle ne réplique pas aux reproches de son époux, comme il l’avait souhaité !

Voilà le résultat de cette « trop bonne opinion de soi‑même », « faible » de ce grand homme.



[1] Edition Claude Barbin, t. I, pp. 215‑331.

[2] pp. 215‑239. L’« exemple » comporte une Lettre.

[3] pp. 239‑272.

[4] pp. 272‑301. Le récit comporte 1 Lettre.

[5] pp. 301‑331.


 

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mise à jour le 28 octobre 2014


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